Oui, monsieur le président du tribunal, cet homme qui se trouve face à vous, sous ses airs de ne pas y toucher, sous son aspect d’homme banal, d’homme ordinaire, de personnage lambda qui passe inaperçu partout où il se trouve, c’est justement pour ces raisons-là qu’il faut s’en méfier. Car il faut toujours être prudent avec celui dont on peut penser qu’il est inoffensif. Avec trois « f » comme dans sauciffon fec, oui, monsieur le président, cet homme-là, quand on creuse un peu, on comprend tout. Et quand je dis : on creuse un peu, pas besoin d’aller bien loin pour se rendre compte de la personnalité trouble qui se cache derrière sa façade d’homme de peu. D’homme de rien.

En effet, cet homme qui a pourtant une vie sociale, un travail dans lequel ses collègues le trouvent plutôt sympathique, si seulement ils savaient à quoi ils ont échappé, les pauvres ! Cet homme-là, qui a encore de la famille et même ses parents, oui, même ses parents, à son âge et quelques personnes proches dans le premier cercle de son entourage affectif, cet homme-là qui dit aimer les chats et qui aime bien aussi les chiens, mais pas tous, comme il le dit lui-même, cet homme qui aime les ânes et les canards mais qui n’aime ni les mouches ni les moucherons, cet homme est un danger pour notre société actuelle. Un électron trop libre pour rester en liberté. Un électro tronc libre, aussi, oui.

C’est pourquoi je vous le demande, monsieur le président, mesdames et messieurs les cyber-jurés, mesdames et messieurs les nombreuses victimes potentielles de notre suspect, c’est pourquoi je vous le demande, il est urgent d’enfermer cet individu, ce sombre individu avec obligation d’avoir un compte Face Book et obligation de tweeter au moins trente fois par jour. Il faut le mettre sur le droit chemin des réseaux sociaux, on ne peut plus vivre sans ça de nos jours. Nous sommes en 2015 et quelqu’un qui n’a que des vrais amis mais pas d’amis virtuels ne peut pas être considéré comme normal. Ne peut plus être considéré comme un être humain branché. Reconnectons-le.