Ma cousine est venue me claquer une bise au bureau mais sans prendre de poisson, cette fois. Donc, elle n’est pas venue aux aurores mais à l’heure du déjeuner et comme je l’avais imaginé, en découvrant à quelle heure elle allait arriver, quand elle m’a proposé que nous déjeunions ensemble, non seulement j’ai dit oui mais en plus, je lui ai ajouté que j’allais moi-même le lui proposer. Le temps de terminer deux ou trois choses avec mon binôme, elle est allée au centre commercial, à quatre stations de tram de là pour faire un peu de shopping et je devais l’y rejoindre dans les trente minutes.

J’ai respecté le chronomètre et nous nous sommes donc retrouvés devant cette espèce de cantine que je n’aime pas plus que ça mais bon, en dépannage, on fait avec. Je ne vais pas dire son nom mais ça commence par Cres et ça finit par Do et au milieu, il y a Cen. Et c’est à Lormont mais je ne vous ai rien dit, d’accord ? Quand je vais là-bas, ou dans n’importe quel self-service de ce genre, je prends toujours un peu pareil : soit une grande assiette de crudités soit des légumes à volonté et un dessert. Une carafe d’eau mais pas de café. En gros, quoi. Et là, pour moi, ce furent bien des crudités et une part de tourtière aux pommes, très acide. Et pour Isabelle, un filet de poisson aux légumes verts et une aumônière aux fraises. Rien que de très diététique, ma foi.

Peu après que nous ayons attaqué notre frugal repas, un monsieur obèse, 100% obèse, genre caricature d’américain, est arrivé accompagné d’une jeune fille adolescente plutôt fine. Puis d’une deuxième, plutôt fine aussi. Et d’une femme, plutôt genre ordinaire, avec beaucoup de dents en moins mais tous les quatre semblaient être si bien ensemble… nous avons découvert que c’étaient les parents et leurs deux filles.  Mais jusque-là, rien que de très ordinaire dans un endroit tout aussi ordinaire. Sauf que… sauf que…

Le papa, obèse de chez obèse, portait un plateau avec un hamburger, des frites, une part de pizza et une bouteille de soda bien sucré. La première jeune fille, la fille aînée, portait un plateau avec une part de pizza, un hamburger, une part de tortilla aux légumes, une assiette de tomates (pour la ligne) et une bouteille de coca. La seconde fille, la plus jeune, avait elle aussi une part de pizza, un hamburger avec des frites mais aussi une grande galette salée avec des champignons, du jambon, du fromage et un œuf. Quant à la mère, édentée, elle avait une grande assiette de charcuterie et des œufs durs qu’accompagnaient de la tortilla et de la fougasse.

C’était hypnotisant de les voir gloutonner tout ça mais le pire, c’est qu’ils avaient tous des sodas, que la mère est allée chercher d’autres frites pour tout le monde, et des parts de gâteau au chocolat avec de la crème Chantilly et pour couronner le tout, pour le père, dont ça avait l’air d’être plus ou moins la fête ou l’anniversaire : une coupe avec trois boules de glace au chocolat et une montagne de crème. Franchement ? J’ai été fasciné, pas vraiment écœuré mais circonspect. Je ne voudrais pas être un donneur de leçon mais j’espère pour eux que ce n’était qu’un repas de fête, à titre exceptionnel.