Il est 13h59. J’m’ennuie. Je m’ennuie parce que je devrais avoir. Je devrais avoir faim parce que je n’ai pas encore déjeuné. Je n’ai pas encore déjeuné parce que je n’ai pas très faim. Il fait trop chaud. Je déjeunerai un peu plus tard quand j’en aurai à la fois réellement besoin et vraiment envie. En attendant, je ne bâille pas parce que j’ai faim, je bâille parce que j’ai un peu sommeil et je bâille parce que je m’ennuie. À 14h02, ça fait plus de trois minutes que je m’ennuie.

Qu’est-ce que je pourrais bien faire pour oublier de m’ennuyer à 14h03 ? Je sais pas, moi, quelle idée du siècle, que dis-je, quelle idée du millénaire, non, quelle idée de tous les temps pourrais-je bien avoir pour m’occuper l’esprit, me faire vivre et ne plus penser à rien de trivial d’autre ? Je réfléchis. J’ai un peu de mal parce qu’il fait chaud mais je réfléchis quand même. Je me renvoie ma propre image mais elle est floue, pour le moment. Je viens de bâiller et donc, j’ai les yeux encore un peu embués.

Voyons, voyons, il est 14h05, je n’ai toujours pas l’idée que j’attends de voir surgir au milieu de tous mes neurones en excitation. Si à 14h10, rien n’est arrivé, c’est que ça n’arrivera pas aujourd’hui. Demain sera un autre jour et on avisera donc un autre jour, voire demain. Ou le jour d’après. Tant pis s’il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on aurait pu avoir comme idée le jour même. Alors donc… pardon, j’ai oublié de mettre la main devant ma bouche et vous avez du dedans.

Vous avez donc vu que j’ai toutes mes dents. Et même mieux que ça. Vous avez pu voir au dedans de moi. Jusqu’au plus profond de mon âme, si j’en ai une. Je ne sais pas si j’ai envie d’en avoir une, pour l’instant, je devrais avoir faim et je m’ennuie. Mon envie de faire autre chose est une peau de chagrin et je sens que je ne vais pas tarder à faire un caprice. Mais je me tâte parce qu’il fait chaud et faire un caprice quand il fait chaud, ça use de l’énergie et de l’énergie, je n’en ai pas beaucoup à cet instant précis.

Il est 14h09 et je ne sais toujours pas quelle idée géniale pourrait me sortir de cette espèce d’alanguissement, redonner un sens à ma vie et me permettre de penser à plein de choses nouvelles. Il ne me reste qu’une minute pour me sortir de cette lassitude sinon, je me lève et je te bouscule, tant pis si tu te réveilles, j’irai faire pipi, ça sera déjà ça de fait. Hélas, je m’ennuie toujours à 14h11 et il est trop tard pour l’idée que j’attendais. Tant pis, je prendrai celle de demain, au même endroit, à la même heure.