Ce n’est peut-être pas quelque chose que j’imposerai en priorité mais ça fera quand même partie des choses que j’aurai décidées, quand je serai dictateur : j’interdirai définitivement toute canicule. Du moins, autour de moi. Les autres, je m’en moque. Après tout, quand on est dictateur, on se soucie assez peu, pour ne pas dire pas du tout, du bien être des autres. Alors moi, donc, entre autres, j’interdirai les coups de chaleur météorologiques.  

Ils seront interdits partout où je me trouverai et partout où celles et ceux que j’aime et qui n’aiment pas ces pics de température trop élevée se trouvent aussi. En fait, la seule chose démocratique de mon décret sera de demander aux miens s’ils veulent eux aussi, comme moi, ne plus souffrir outrancièrement d’aucune chaleur. Si oui, ils seront protégés autant que moi je le serai. Si non, ils pourront aller là où il fait bien trop chaud à mon goût pour que moi, je m’y rende.

Quand je serai dictateur, j’interdirai les canicules en ville, comme en ce moment, à Bordeaux, parce que c’est insupportable de monter dans un tram non climatisé, insupportable d’être arrêté à un feu rouge dans une file de véhicules qui ajoutent encore à cet effet de serre et insupportable de ne pas pouvoir respirer dans une ville qui n’a pas assez d’arbre pour réguler les températures. Et c’est tout aussi insupportable d’avoir l’impression de transpirer dès qu’on fait le moindre mouvement.

Ce n’est pas agréable non plus et encore moins reposant de ne pas avoir d’air la nuit, dans une chambre au cinquième étage en ville. De se sentir moite sur des draps tout froissés de leur propre tiédeur. Et puis voilà, ce sera donc le décret anti-canicule non amendable que je prendrai dans la première semaine après que j’aie confisqué tous les pouvoirs. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, je prendrai très rapidement aussi un décret anti pluies incessantes.

J’en vois qui lèvent la main pour protester mais sachez qu’on ne proteste pas dans une dictature. Et même si j’entends bien qu’un dictateur n’a jamais à subir d’embouteillages, qu’il vit dans un palais entièrement climatisé, qu’il ne prend jamais le tram et tout et tout, je n’accepte aucune critique même fondée et ceux-là même qui ont osé m’interpeler iront tout droit en enfer : là où on brûle dans les flammes de l’éternité. Et là, ils sauront ce que c’est que d’avoir trop chaud.