Hei, hi, hei, ho, je rentre du boulot. C’était ce matin, ma reprise. Et tout à l’heure, je suis rentré en passant par la rue Ste Catherine, histoire de prendre un journal gratuit au passage. Journal que je n’ai pas trouvé, en revanche, j’ai été pas mal sollicité. Est-ce parce que les gens ont senti que j’étais de nouveau un salarié en puissance ? En pleine possession de ses moyens ? Je ne sais pas mais une chose est sûre, la première personne à m’interpeller, c’était une femme qui m’a demandé une petite pièce pour manger. Moi aussi, j’avais un peu faim, tiens, au fait, oui…

La seconde personne qui m’a sollicité, c’était un des mecs de ce groupement de marginaux et leurs chiens, mais je n’ai pas vraiment compris lequel me parlait car j’étais un peu perdu dans mes pensées. La troisième personne à me parler, c’était pour me demander si j’avais quelques minutes à lui accorder pour parler de je ne sais quelle cause sociale ou humanitaire. J’ai fait non de la tête et j’ai continué mon chemin. Tous les jours, au même endroit, ça devient un peu agaçant même si ce ne sont jamais pour les mêmes motifs. Peu importe…

La quatrième personne, c’était en revenant de l’endroit où je n’ai pas trouvé le gratuit que j’espérais prendre. Une collègue de l’autre qui m’a demandé si j’avais cinq minutes. J’ai encore décliné. Un peu plus loin, le groupe de trois qui fait semblant de faire de la lévitation et au passage, ceux qui aiment, ils mettent une pièce dans leur escarcelle, par terre. Je les vois quasiment tous les jours, au même endroit, parfois plusieurs fois par jour, ils pourraient un peu changer leur position… ça serait plus distrayant. Parce que là, franchement, ça fait rediffusion.

La sixième à me faire signe, c’était un monsieur assis sur la marche d’une porte d’entrée d’immeuble, il avait un petit carton posé devant lui : « un ou deux euros pour manger, s’il vous plaît », ça m’a rappelé que moi, je n’avais toujours pas déjeuné. Alors, j’ai un peu accéléré le pas. Et là, bingo, une association contre les boat people en Méditerranée. Devant un stand. Non merci, ai-je répondu. Parce que bien sûr qu’on est tous contre mais là, y en a marre d’être sollicité d’autant plus qu’à côté, un autre petit stand contre le gavage des animaux.

La neuvième personne ne m’a pas parlé mais juste regardé sans vraiment me voir. C’est une pauvre femme qui s’allonge par terre, avec, devant elle, quelques pièces jaunes et rouges, un ou deux quignons de sandwiches pas terminés, qui fume et fait penser à un animal à peine domestiqué. Et là, j’ai décidé de ne plus regarder personne. Et de rentrer chez moi. Parce que tout ça sur moins de cent mètres, c’est un peu lourd. Et quand je pense qu’à Carcassonne, hier, il y avait le record de chaleur… Heureusement que je n’y étais pas. Il n’aurait plus manqué que cela.