Je vais quand même revenir sur le sujet parce que franchement, j’ai eu l’impression d’arriver sur une autre planète, hier soir, en revenant de la gare, vers 20h45. Arrivant sur une autre planète ou faisant un voyage en terre inconnue. D’abord, ici, à Bordeaux, il y avait une grève des trams (deux lignes sur trois) et de certains bus. Pour des sombres raisons syndicales, officiellement mais, officieusement, d’après ce qu’en ont dit deux chauffeurs de bus, en catimini, parce que les conducteurs de transports en commun sont contre la fête de la musique, de voir tant de voyageurs ivres monter dans les rames et casser du verre et ne respectant aucune règle de sécurité. Saura-t-on jamais vraiment quelle est la vraie raison de cette grève ? En tout cas, en plus du bordel ambiant à cause de la fête autorisée, ce fut la pagaille pour circuler, ce qui n’a rien arrangé. Mais bon, chacun a fait ce qu’il a pu comme il a pu, vais-je dire.

Le président et moi, nous avons eu de la chance : pour revenir de la gare, il faut prendre le tram ligne C qui lui, roulait mais aux horaires d’un dimanche, normalement, quoi, puisque nous étions justement dimanche. Les choses sont donc bien faites, parfois. Et nous avons assez peu attendu mais nous avons dû bonder pour monter dans la rame qui s’est présentée à nous. Car en plus des voyageurs, il y avait moult bagages, petits et gros, ce qui est tout à fait logique, vu que nous étions à la gare SNCF. Et là, pour quatre stations, ça s’est bien passé, bon an, mal an et nous savions que nous devions terminer à pieds, l’équivalent de deux stations supplémentaires de la ligne A, en correspondance, pour arriver chez nous. Il n’était pas encore tard et donc, je suppose que la fête ne battait pas encore son plein, juste des tas de rythmiques pas toujours en phase les unes avec les autres.

Et là, sur moins de 300 mètres, c’est devenu surréaliste au fur et à mesure que nous avancions vers chez nous. Chaque fois que nous passions devant un bar, une sono était mise soit dehors sur le trottoir, soit à une fenêtre d’un premier étage et c’était à qui mettrait le son le plus fort possible. Évidemment, rien à voir avec les Vocalises de Rachmaninov, à aucun moment, mais beaucoup de musique électrifiée. Et ça a empiré, empiré, empiré… tout en croisant ou en dépassant des gens, chacun avec qui sa bouteille d’alcool à la main, qui son pack de bière pour aller rejoindre d’autres gens qui devaient également apporter leur boisson à beaucoup de degrés. Nous avons dû nous reclure chez nous : volets clos, fenêtres fermées, rideaux tirés, ventilateurs branchés pour survivre et nous avons tenté d’oublier tout ça. Nous avons un peu réussi mais je me dis que quelqu’un qui découvre ça, ça doit lui faire bizarre.