L’autre jour, en attendant le tram, je vois trois jeunes, parmi d’autres, qui arrivent, dont deux avec des petites raquettes, peut-être de badminton mais je ne m’avancerai pas avec certitude, je ne suis pas un spécialiste en ce domaine. Et mon propos n’est pas de parle de ce sport à la mode. Non, mais de l’état des lieux de la connaissance de la grammaire française. Ou plus précisément, de la conjugaison française.

Les trois jeunes sont composés de deux filles, plutôt mignonnes mais un peu effacées par le troisième du lot, un mec, jeune premier prometteur, belle gueule, blond avec la mèche qui va bien, les cheveux épais, les yeux clairs et les dents blanches comme s’il en était suréquipé et même peut-être d’un blanc si blanc que si ça se trouve, ça n’existe même pas un blanc pareil. Plus blanc que blanc, comme disait Coluche. Une teinte qu’on n’a même pas encore inventée. Sauf pour lui.

Bref, le genre beau et sportif et tais-toi. Très beau et un peu con, quoi. À moins que cela ne soit l’inverse. Un peu beau et très con. Le mec qui réussira parce qu’il a une belle gueule et parce qu’il joue la carte de la séduction. La perfection faite jeune homme ou pas loin s’en faut. Après, il suffit de vérifier si la perfection est une notion objective ou subjective. Et ça peut faire débat mais ce n’est pas vraiment l’heure pour ça.

Le genre de mec avec qui on n’a pas honte de sortir d’un point de vue visuel mais qu’on n’emmènerait pas dans les dîners en ville. Parce que quand il demande à ses deux copines, sans doute des faire-valoir pour lui : « demandais-je, tu l’écris ‘a-i-s trait d’union je’ ? » « Oui pourquoi ? » « Parce que je pensais que c’était une faute, que c’était fait exprès dans la phrase que j’ai lue » « Non, non, c’est bien comme ça surtout si c’est à l’imparfait. » « Ah bon ! »

Et moi, je me suis dit que franchement, s’il pense que « demandais-je » ça s’écrit comme ça pour faire comique, le monde est tombé bien bas, aussi bas qu’il a une belle gueule, le jeune mec. En plus, l’imparfait, qu’il incarne finalement assez bien une fois qu’on a gratté le vernis, c’est quand même un temps de conjugaison qu’on a tous appris à l’école. Mais peut-être ne sait-il pas bien écrire. Et peut-être même que quand il parle il fait des fautes de frappe mais comme il parle, ça ne se voit pas. Misère, misère. Que ne tombé-je de haut… Et ça, c’est du 100% présent.