J’aurais pu faire l’effort d’aller à Lourdes mais je n’en avais ni envie, ni besoin. Et encore moins l’envie de faire cet effort. Ni même d’être un bon chrétien car, dans tous les cas, je préfère qu’on dise de moi, par derrière, que je ne suis pas très catholique. Au service à encens, je préfère le service à thé. Comprenne qui pourra. En tout cas, même si je ne travaille pas demain, pour mon troisième jour férié du mois, un record pour moi, il était absolument hors de question que je fasse le déplacement jusque dans la capitale de la bondieuserie. Même le jour de l’ouverture du festival.

J’aurais pu faire l’effort de savoir si Grand Corps Malade faisait toujours du slam et si oui, où. Comme ça, j’aurais pu aller assister à son spectacle, pour lequel on m’aurait offert la place, sinon, je ne me serais pas déplacé très loin et j’aurais pu me dire que je l’avais déjà vu deux fois sur scène et qu’une fois, c’était bien ; deux fois, bon d’accord mais trois fois, je n’en ai plus vraiment envie. Je préfère qu’on reste amis. Même de loin. Au cas où il serait contagieux. On ne sait jamais. De toute façon, ça n’aurait pas servi à grand-chose vu qu’il n’est pas de la soirée d’ouverture du festival.

J’aurais pu être visiteur d’hôpital, principalement chez les accidentés de la route qui ont des problèmes pour retrouver leur locomotion et qui doivent se déplacer avec des cannes anglaises ou des béquilles ou que sais-je encore… Je ne serais pas allé dans un endroit avec des handicapés en fauteuil roulant car ça aurait été de la triche et surtout, très hors sujet pour un jour comme aujourd’hui. Non, ce soir, je regarderai la cérémonie de chez moi en pensant aux pèlerins de Lourdes, à Grand Corps Malade et à tous ceux qui sont en rééducation. Ce sera mon festival de cannes à moi.