Oui, c’est vrai qu’il y a des jours où même s’il fait beau, dehors, il fait grise mine dans la tête et je ne parle pas du reste du corps car celui-ci revendique aussi son droit à ne pas devoir subir un ciel bleu, du soleil qui brille et une température au-dessus de tout soupçon. Ce beau temps me défrise quand je n’ai qu’une envie, celle qu’il se mette à pleuvoir pour que je reste à l’abri, chez moi. Sous l’aile protectrice des murs de mon appartement, que j’ai fini de payer depuis la semaine dernière. Maintenant qu’il est à moi, je vais peut-être en profiter différemment. Allez savoir, comme aujourd’hui est un jour où j’ai l’impression que je vais m’en foutre, de tout…

Pourquoi apprécierais-je qu’il puisse faire très beau pour un début avril alors que je n’en ai cure ? Alors que je ne me sens pas d’humeur à y prendre goût. Je n’ai qu’une envie, celle de me reclure, en proie à tous les doutes et avec une seule envie : qu’il se mette à pleuvoir et que toute cette humidité me rafraichisse l’esprit. Et arrose mes arrière-pensées que je ne pourrais alors plus piétiner pour ne pas salir mes chaussures. Et me laisser aller à rêvasser, non pas à des jours meilleurs mais à des jours passés, moins pires. Chacun son ambition. Moi, j’aimerais qu’il pleuve, là. Là, juste maintenant et surtout sur Bordeaux. Principalement autour de moi. Ça disperserait les manifestants, en plus…

Tout à l’heure, j’ai lu quelque chose de joli dans le dernier numéro de Télérama mais il va falloir que j’aille rechercher la page si je veux le partager avec celles et ceux qui vont venir me rendre visite, ici, aujourd’hui et dans les jours à venir : ah oui, c’est en page 62, un poème d’Andrée Chédid « Jeunesse » dont les deux vers qui suivent m’ont donné envie de pleuvoir : « que tes larmes irriguent / plutôt qu’elles ne te rongent… » alors que pendant ce temps, sur Fip, la grève continue et même si j’apprécie cette chanson « Speak low », que j’entends tous les jours, j’ai envie de sortir mon parapluie pour m’isoler. Pour sentir l’humidité autour et au-dessus de moi mais pas sur moi.