marguerite-duras

Quelquefois, je suis vide, je suis sans vie, sans identité.

Tout d'abord, ça me fait peur, puis, je m'y fais. Et alors, ça s'appelle l'habitude, une habitude dont je me repais car elle m'est si familière qu'elle me donne quelque chose à quoi me raccrocher : un semblant de vie supplémentaire. C'est tout.

Mais ce petit bonheur n'est jamais de longue durée car très vite, la bête revient. Je meurs de nouveau. Je m'assèche, je m'exsangue et j'évacue tout frémissement de mon corps et de mon esprit.

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Je suis vide et je n'ai plus d'envies. Si ce n'est de celle du vide.

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Et pourtant, je sais que deux choses essentielles sont toujours là, autour de moi. En moi. C'est l'amour et c'est l'écriture. C'est aimer et écrire. Aimer écrire et écrire aimer.

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Quelqu'un que je rencontrerai et qui m'inspirera. Quelqu'un que j'aimerai et pour qui j'écrirai que je suis en vie. Que j'ai envie que ça dure.

Nous nous serons rencontrés. J'aurai beaucoup écrit, beaucoup crié, beaucoup prié, beaucoup attendu et beaucoup pleuré. Je serai quitté comme on quitte toujours l'autre quand on n'aime plus. Ou quand on croit qu'on n'aime plus. Quand l'amour n'est plus partagé.

Je serai quitté, évacué, vidé et de nouveau, cette peur du vide qui m'étreindra.

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J'essaierai alors d'écrire un livre dans lequel je raconterai cette histoire d'amour avorté, mort-né. Sans suite. Sans autre vie. Sans autre raison de vivre.

Parce que je serai perdu, tout seul et que je serai terrifié.

Le regard des autres me fera baisser le mien. Les mots des autres se heurteront aux barrières que j'aurai construites tout autour de moi. Les gestes des autres resteront suspendus en l'air. L'air de rien.

Je serai sens dessus-dessous.

Pour moi, rien ne sera plus jamais pareil.

Mon seul réconfort sera de me dire que je pourrai écrire un livre qui parlera de tout ça.

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Et le temps passera et je vieillirai, songeur, en me demandant ce que sont devenues les fleurs.

J'éviterai de me brûler au bûcher des vanités. Je pense que je serai capable de vivre sans penser que tout était de la faute de l'autre.

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J'ai aimé jusqu'à la mort.

Je n'ai plus d'envie mais je ne veux pas mourir trop tôt parce que mon œuvre est inachevée.

J'avais trois buts dans ma vie d'avant : aimer, écrire et vivre.

Il ne m'en reste plus que deux : écrire et vivre.

Bientôt, quand je le jugerai utile, il ne me restera plus qu'à vivre du mieux que je le pourrai, sans souffrances inutiles, si tant est qu'une souffrance puisse ne pas être inutile.

Quoi qu’il arrive, il y a toujours un moment où les choses sont finies.

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Si j'avais été beau, ce soir, je me serais lu dans tes yeux. Parce que nous aurions été ensemble. Encore.

Je suis vide de toi. Je ne deviens plus rien. Je m'ouvre à l'hermétisme.

Je suis... non, je ne suis plus...

Je nous manque.

Je t'attends. Toi ou la mort, mais quelqu'un, vite.

Pour vivre, c’est tout.