Est-ce de la maltraitance que de laisser ses parents de quatre-vingt ans en faire autant dans un grenier, certes qui leur appartient, mais dont l’occupation au sol et en volume est faite à 80% par leurs enfants, leurs trois enfants ? Ces trois enfants qui ont vite compris, au fur et à mesure de leur avancée vers un âge soit disant mûr qu’on pouvait entasser beaucoup chez les autres en plus de chez soi. Et quand la question se pose de savoir quand et comment on va s’y prendre pour le dégager a minima, ce grenier, il faut répondre « tout de suite » et s’y mettre au plus vite. Il ne faut pas faire comme les hommes politiques : il faut savoir tenir ses promesses.

Sinon, on mérite la fessée, tous grands qu’on puisse être, les trois frères G. Et n’en déplaise à toutes ces personnes qui n’ont que ça à la bouche en ce moment : légiférer pour interdire la fessée en France sinon, le Comité Européen des Droits Sociaux va nous punir, nous mettre au coin après une bonne déculottée et celle-là, il paraît qu’on l’aura bien méritée. Comme si ça allait nous sortir de la crise. Comme s’il n’y avait rien d’autre de plus important à faire en ce moment. Comme si on n’avait pas d’autres chats à fouetter. Passons, sinon ça m’énerve et quand je suis énervé, j’ai envie de taper dans le tas. Mieux vaut pour tout le monde que je reste calme.

Quoiqu’il en soit, j’ai terminé mon tri, mon inventaire et la saisie de celui-ci en moins de temps que je ne l’aurais cru en arrivant, lundi midi. J’y aurai quand même passé plusieurs heures. Mes parents aussi mais eux, c’était pour leurs quelques affaires et un peu celles d’Alex. On en a descendu des choses dont on voulait se débarrasser. Et papa est allé plusieurs fois à la déchetterie. Et c’est ainsi que, alors que nous préparions plusieurs desserts pour demain midi et demain soir, quand le président et le patron nous auront rejoints, que maman, au lieu de battre des œufs en neige, a battu un long moment le jus des poires au sirop en le faisant mousser. C’est tout.

Battre des œufs en neige ou battre du jus de poires au sirop en neige. Est-ce que ça aussi, on va légiférer pour nous l’interdire ou nous empêcher de dire les choses telles qu’elles sont ? Seront-nous punis si nous disons : battre les œufs en neige alors qu’on aura fait une loi pour nous imposer de dire : j’ai fait monter les œufs en neige ? Devra-t-on bannir des phrases telles que : battre un record ? Maman, tiens-le toi pour dit la prochaine fois que tu feras une compétition de natation : tu n’as plus le droit de battre aucun record. Même à ton âge. Sinon, tu seras disqualifiée. Au mieux, tu pourras dépasser un record. Mais pas en battre un. Il faudra faire avec ça, désormais.

J’ai l’air de blaguer, là, mais en fait, je suis un peu fatigué, énervé et il est tard puisque j’écris ce billet de demain à plus de vingt-trois heures. Alors, vu qu’il est si tard, vu que je viens de passer une excellente soirée télévisée devant le film « Arletty, une passion coupable », sur France 2, je vais être magnanime, faire preuve d’une mansuétude comme rarement : maman, le coup de faire monter le jus des poires au sirop en neige, ce n’était pas forcément une mauvaise idée, à la base mais ça manquait un peu de précision. C’était plus de la mousse que de la neige. Il va falloir revoir ta copie si tu veux qu’on retienne ta recette pour un prochain concours culinaire.