Il est 6h du matin, un lundi. Un lundi où je ne travaille pas comme tous les lundis à de rares exceptions saisonnières près. Je suis déjà debout, sur le pied de guerre (quelle vilaine expression !) et il me reste deux heures trente avant que je ne descende prendre le tram pour la gare St Jean et partir comme si je partais en vacances sauf que je ne pars pas en vacances, pas au sens où je l’entends d’habitude : aller découvrir des lieux que je ne connais pas, des villes, des pays… Non, là, je vais en terre connue, en terrain conquis, je vais chez mes parents, tout seul, comme un grand. Parce que nous l’avons décidé ainsi.

Je change de casquette pour quelques jours. Je ne serai plus employé administratif chez un mareyeur mais je vais organiser un vide-grenier et qui sait si ça ne va pas créer une vocation tardive chez moi ? Imaginez un peu que je me révèle une passion pour les soupentes surencombrées dans lesquelles farfouiller afin d’y dénicher des choses plus ou moins rares mais aussi et surtout, des tas d’autres choses dont il faudrait se débarrasser. Préparer une montagne de ce qu’il faut emporter à la déchetterie et une liste de ce qui peut éventuellement être vendu : surtout des livres, des revues et quelques babioles. Est-ce possible de trier tout une vie en trois jours ?

Je sais ce qui m’attend, globalement, mais pas en détail. Il y a trop longtemps que je n’y suis pas monté dans le grenier. Et si longtemps que je n’ai pas vu ce qui m’appartient, tout ce que j’avais mis de côté quand j’ai quitté le cocon familial, à la fin de mon adolescence et je vais certainement avoir des surprises, la mémoire n’étant pas infaillible. Je sais quand même que je vais y retrouver des Charlie Hebdo de la première période, de la fin des années 70. Et des Hara-Kiri de la même époque. Et des Spirou sur plus de dix ans. Je vais devoir tout relever et voir comment vendre tout ça. Sans arrière-pensée. Sans regret. Et sans remords.