Notre premier échange de regards, coups d'œil d'abord en biais avant d'être droitement l'un dans l'autre : chacun se jauge, s'observe, tente de tout savoir en un clin. On pose un peu, on fait le beau. Nous sommes là, tranquilles alors que le temps s'écoule en nous promettant monts et merveilles l'un pour l'autre. Nous ne sommes que tous les deux. Le monde n'existe plus autour de nous. Les autres sont flous pendant que nous nous apprécions comme à travers d'une lucarne connue de nous seuls. Je pose un peu, je fais le beau. Nous ne savons rien l'un de l'autre et pourtant je sais tout de vous et vous savez tout de moi. Entre nous, c'est un miracle accompli par secondes. La vie est à nous, le monde nous appartient, nous prenons la clef des champs de tous les possibles. Je pose un peu et je fais le beau. Vous me regardez brillamment et je suis comme sous le soleil, je bronze de vous. Je prends toutes les couleurs de vos iris et je comprends tout : ma vie a enfin un sens. C'est le regard de haute résolution.

Vous m'avez tant regardé que j'ai été animé de tous les bonheurs. J'en ai fait autant avec vous. L'envers vaut l'endroit et l'envers, ce ne sont pas toujours les autres. L'envers, c'est aussi l'image de soi. Celle que vous m'avez renvoyée, d'abord, pleine de vie, puis, par je ne sais quel coup de baguette magique, un peu plus endormie et sans que l'on n'y prenne gare, l'image a commencé de s'éteindre. Éteinte après l'étreinte. Confusion des sentiments, consumation à petit feu, celui que nous avons fait de tout bois. Je n'ai pas été à la hauteur de votre regard sur moi. J'en suis triste et je me replie sur moi afin d'y échapper le temps de me remettre. La peine est bel est bien perdue, je sais que vous allez me laisser au bord du chemin en proie à tous les doutes. Tout autour de moi, il n'y a plus rien. Un regard de désolation.

Tu ne me regardes plus. Il y a longtemps que tu ne me regardes plus et pas seulement parce que nous ne nous voyons plus. Je sais que tu ne me regardes plus même dans tes souvenirs. Parce que la vie est ainsi faite qu'on existe puis on n'existe plus quand parfois, on passe à autre chose et que cet autre chose fait table rase de tout le reste. Moi, j'ai fait une pause et je tente de faire le beau. De m'en sortir dignement mais un chagrin d'amour ne peut pas avoir d'orgueil. C'est justement aux mains de tous mes chagrins que je passe mon temps. De massage triste en massage triste. C'est toujours à toi que je pense, de tous tes lointains et je ne veux plus rien d'autre tout en cherchant autre chose. Comme une épaule. Un regard de consolation.