Quand j’étais plus jeune, Charlie aurait été un surnom qui m’aurait plus pour moi mais qui en aurait eu l’idée vu que ceux dont on m’a affublé, c’étaient Stephano, Steph et Fafane. Si encore je m’étais appelé Charles… mais en tout cas, Charlie, c’était le surnom idéal pour moi. Ou presque. Je ne sais pas, quelque chose d’exotique tout en restant proche de la France. Un peu anglais. Un peu british, quoi. Et ça faisait mec. Pour moi qui me sentais à l’image de ce que j’étais : un gringalet, ça aurait pu me donner confiance en moi. Après les squats, Stéphane, tu prendras les haltères de cinq kilos et tu feras dix pull-overs sur tes deux appuis. Stéphane, pull.

Après, il y a eu les personnages que j’ai inventés, le temps de petites pièces de théâtre ou de nouvelles pour ne pas parler de romans inachevés ou peu s’en faut. Il y a eu Arnaud et Guillaume, deux prénoms que j’aurais pu aimer porter. Qui n’étaient pas des surhommes, non deux mecs qui me ressemblaient. Je leur ai mis dans la bouche les mots que je n’osais pas formuler moi-même. C’est pratique d’écrire et de s’inventer sa vie. De se créer ses propres légendes. De se construire en parallèle dans un monde pas toujours meilleur mais pas loin. Car la vie rêvée reste malgré tout toujours plus belle que la vraie vie.

Tiens, le coach ne m’a rien demandé à la fin du paragraphe précédent. Je vais en profiter, puisqu’il discute avec quelqu’un d’autre, pour aller boire un peu d’eau. Et attendre tranquillement en reprenant mes esprits. Et penser à tous ces autres que je n’ai pas été. Et donc, il y a eu Pierre, mon deuxième prénom. Le héros magnifique des aventures que j’aurais aimé vivre. Pierre, ce héros, cette crapule. Il était beau et il avait de l’assurance. L’inverse de moi. J’étais son négatif et il était mon positif. Je ne lui ai pas permis de vivre tout ce que j’aurais aimé. Je l’ai abandonné avant la fin. Steph, une série de 10 pompes, une pause et ensuite, re-dix pompes. Steph, pompes.

Il y en a eu d’autres, des héros perdus, des héros esquissés, des personnages à qui j’ai pu dédier quelques vers voire des poèmes par pages entières. Des gens de la vraie vie que je me faisais connaître dans une vie imaginée. Et puis un jour, sans que j’y prenne garde, j’ai tout arrêté car j’avais envie d’autre chose. Peut-être me suis-je alors un peu plus affirmé et j’ai connu les premiers cours de sport avec assiduité. Et là, j’aurais pu être le roi de la salle de gym mais j’ai toujours su raison garder car je voulais aussi rester moi. Ne plus me projeter dans les images des autres. Ne plus me faire mon cinéma. Struzzo, tu fais deux séries de vingt fentes alternées. Struzzo, fentes.

Et maintenant, je vais faire du renforcement musculaire avec Benoît, deux fois par semaine. Quand les temps sont moins durs, je vais une troisième fois dans la salle pour faire une heure et demie de cardio et tout ça pour quoi ? Pour ressembler à qui ? Non, à personne, cette fois. Juste pour être le mieux possible dans ma peau de mec plus proche de soixante ans que de cinquante, désormais. De mec qui y va surtout parce que c’est plus facile d’y aller avec un ami et avec le patron, c’est plus sympa. Mais parfois, c’est difficile de s’y rendre tant la motivation n’y est pas toujours. Charlie, maintenant, deux fois vingt-cinq crunches en faisant attention aux lombaires. Charlie, abdos.