Y a des jours, on préfèrerait qu'il fasse nuit. Déjà qu'il fait encore forcément nuit quand je me lève pour aller travailler et que non, ce n'est pas un mauvais rêve, c'est bien l'heure de se lever, de se préparer et d'y aller. T'as pas le choix, mon p'tit gars. C'est comme ça, la la la la la.

Y a des jours où tout est pesant. Même le moindre vêtement qu'on enfile pèse une tonne et ça forme comme une chape de plomb sur les épaules. Oui, sur les épaules. Même le slip et même les chaussettes. Tout ça, parce qu'on préfèrerait rester tout nu sous la couette. La seule chose vraiment légère qu'on supporte sur soi.

Y a des jours où on se sent moche. D'ailleurs, mieux vaut ne pas se regarder dans la glace et faire comme Gilbert Montagné : j'peux pas me voir ! Alors, on se rase à l'aveuglette. On se lave avec les mains, à tâtons. On s'habille dans le noir et c'est chiant parce que rien ne va, on ne le voit pas mais on le sait. Faut dire qu'on a si peu envie de s'habiller...

Y a des jours où on sait que tout ne sera qu'accumulation de choses pas vraiment rigolotes. La pluie qui tombe à verse, dehors. Le tramway qui aura du retard. Un fax au bureau qui ne sera pas passé car il y a eu un bourrage et on doit mettre les mains dans la machine et putain, j'ai du noir partout et forcément, il y aura un document important dont le patron aura besoin et on devra lui dire que, ben, c'est parce qu'il y a eu un bourrage et puis bon...

Y a des jours, on voudrait qu'ils soient déjà terminés avant même d'avoir commencé. Parce que c'est ainsi. Parce qu'on n’aime pas vieillir, personne mais qu'on n'arrête pas de vouloir aller plus vite pour échapper à ce qui nous emmerde et passer à autre chose. Oui mais voilà, autre chose, c'est après. Et après, c'est quand on sera encore un tout petit peu plus vieux. Donc, on gère le paradoxe comme on peut, avec les mauvais alibis qu'on se donne et surtout, on fait comme on peut. Et comme on peut, c'est vraiment peu. C'est la vie de mauvaise grâce.