Quand on voit le temps qu’il a fait hier, un temps froid, humide, gris, bas et démoralisant et qu’on voit celui qu’il fait aujourd’hui : frais, sec, bleu, élevé et enthousiasmant, je me dis que mon choix est fait, que je le valide et qu’il sera définitif. Plus bleu que ça, pour un 25 janvier, à Bordeaux, en tout cas, plus bleu que ça, ça n’existe pas. Et trop de bleu tuerait le bleu. Ça fait penser à un jour où tout va bien dans le monde. Vous imaginez ? Un jour où tout irait bien dans le monde ? Un monde qui serait enfin à l’image de l’éventuel Dieu qui l’aurait créé. Un monde tout en douceur et joie de vivre. Mais non, quelque part, il y a quelque chose qui cloche.

Et pourtant, c’est un jour idéal pour montrer notre unité nationale et notre fierté d’être debout, libres et citoyens du monde. Quand je vois le soleil froid qu’il fait dehors, je me dis que nous aurions pu faire une deuxième marche. Pas une seconde, non, une deuxième. Pour nous permettre d’en avoir encore d’autres, ensuite. Après. Un jour où nous aurions de nouveau défilé dans l’union la plus presque parfaite qu’il soit possible qui soit. Un deuxième jour où tout le monde aurait été main dans la main, avec les mêmes pensées positives. Qui cachaient certes de la douleur mais cette douleur existe toujours, qu’on ne s’y méprenne pas.

Un dimanche de bleu. Un dimanche où on aurait pu enfoncer un peu plus le clou. Et peu importe si parmi tous ceux qui ont acheté Charlie Hebdo ont été déçus d’y trouver ce qu’ils y ont trouvé, Charlie Hebdo n’a jamais existé pour plaire à tout le monde. C’est un journal irresponsable et aux antipodes du consensuel, contrairement aux apparences actuelles. Et si nous avions été encore unis comme il y a deux semaines, j’aurais été fier de nos hommes politiques qui n’ont pas tenu bien longtemps. Chassez leur naturel, il reviendra vite au galop. Tant qu’ils peuvent être sur la photo. Tant qu’ils peuvent avoir leur jour de gloire. Moi, je préfère penser d’autres gens.