On a tendance à dénigrer (je parle des critiques et de la bienséance intellectuelle parisienne) une certaine catégorie de films (français, en particulier) qui sont jugés mineurs car sans doute moins ambitieux que ceux qu’on qualifie de chefs-d’œuvre mais peu importe, je n’ai pas envie de n’aller voir que des chefs-d’œuvre au cinéma. J’ai aussi envie d’aller m’y détendre, d’aller y passer un bon moment, de m’y sentir bien. Parfois, je me trompe et je n’aime pas le film, il m’arrive aussi de partir avant la fin quand ça me semble insupportable.

Hier, par exemple, je suis allé voir « Les souvenirs », de Jean-Paul Rouve avec Annie Cordy et Mathieu Spinosi, pour ne parler que des deux principaux rôles. J’ai passé un délicieux moment comme si j’avais été en famille. Un délicieux moment que j’aurais aimé partager mais j’en connais qui vont bouder ce joli petit film parce que c’est un film français, une petite comédie dramatique, un film tout juste bon à voir le dimanche soir à la télévision, la veille de la reprise d’une nouvelle semaine de travail. Eh bien non, même un petit film, comme ils disent, mérite plus d’égards.

Parce que c’est vraiment bien de se retrouver comme en famille devant des personnages dans une salle de cinéma. Et c’est vraiment bien de regretter de devoir les quitter quand le film se termine. Parce que c’est comme avec les amis et même s’il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte, ça fait toujours quelque chose au cœur de partir, de dire au revoir à ceux qu’on aime. Tiens, ça me rappelle vendredi, quand j’ai dit au revoir à Martin. Qui emportait un bout de Charlie avec lui, là-bas, au fin fond de la Colombie-Britannique.

Annie Cordy, que je savais déjà bonne comédienne et pas seulement qu’au cinéma (j’ai souvenir d’avoir été scotché sur mon fauteuil, alors qu’elle était sur scène et qu’elle chantait un titre sur la guerre et la déportation, je crois, elle vivait tellement son texte que j’en avais eu la chair de poule), m’a époustouflé dès les deux premières scènes où elle enterre son mari et où elle a ce regard hagard de ceux qui sont dans la souffrance après avoir perdu l’être le plus cher. Une justesse d’expression dans le visage qui se passe de mots. Impressionnante Annie Cordy sans fards.

Mathieu Spinosi, c’est son petit-fils. Le genre de mecs dont on aimerait qu’il soit notre petit-frère ou un cousin très proche. Un jeune acteur talentueux fort sympathique. Qu’on a l’impression de connaître depuis toujours. Et la relation qu’il vit avec sa grand-mère, les moments qu’ils passent tous les deux, ensemble, c’est empli de drôlerie, de poésie et d’émotion. C’est un bon film. Je m’y suis senti bien, j’ai eu du mal à sortir de la salle, une fois que le générique a commencé mais je m’y suis résolu. Et j’ai retrouvé la vraie vie, dehors. Un peu plus crue.