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Je ne vais peut-être pas en ajouter des tonnes vu que tout a déjà été dit, ou presque tout, depuis deux jours mais je n’y peux rien, ça me tracasse, ça m’obsède et ça continue de me bouleverser à chaque fois que j’y pense et j’ai les yeux humides quasiment en permanence. Je n’y peux rien et je ne sais pas pourquoi ça me touche tant. Pas seulement pour le côté barbare, pas seulement pour les victimes artistes et intellectuelles, pas seulement pour la liberté de la presse qu’on a attaquée de plein fouet, pas seulement pour les policiers morts en plein exercice de leurs fonctions non mais en tout cas, le fondamentalisme aveugle et crétin des deux tueurs me sidère. Ainsi que leur manque de courage. C’est tellement plus simple d’avoir une arme de guerre à la main plutôt que de venir discuter avec celui qui n’est pas du même avis que soi. Le courage des lâches. Le courage de ceux qui n’ont pas de quoi réfléchir avec ce que l’homme a de plus beau, quand il sait s’en servir : son cerveau.

Non, ça m’a particulièrement bouleversé parce que c’est Charlie Hebdo, parce que c’est un peu de moi-même si je n’étais plus qu’un lecteur occasionnel. Je suis devenu adulte et je me suis formé politiquement parlant grâce à Charlie Hebdo, au temps de la première équipe, la grande époque glorieuse de Cavanna, de Gébé, de Reiser, de Wolinski, déjà, de Delfeil de Ton, de Fournier et du professeur Choron. J’ai même tenté de faire partie de l’équipe mais je n’avais pas grand-chose à proposer et on m’a fait comprendre que sans texte et sans dessin, ça allait être compliqué. Je ne leur en ai jamais voulu. J’étais trop jeune. Mais j’ai compris quand même le message. Et j’ai toujours suivi, de près ou de loin, l’évolution du journal. Si je devais évoquer ceux que je préférais, je dois dire que j’aimais particulièrement les dessins de Charb, à l’humour décapant, insolent mais si libérateur. Et j’aimais la grâce et l’élégance de ceux d’Honoré.

Je ne vais peut-être pas révolutionner la pensée ni l’émotion du peuple français ni de tous les autres peuples du monde entier en disant des choses forcément banales : je suis ému, dès que j’entends parler de l’attentat, dès que j’en vois des images, dès que je lis des papiers ou des dessins sur ça, dès que je vois les manifestations des anonymes, à Bordeaux, sur le parvis des Droits de l’Homme, je suis bouleversé comme si j’avais perdu des amis déjà un peu perdus de vue. Et je pense aussi aux autres dont les policiers qu’il ne faut pas oublier. Et j’espère tant de cette unité nationale que nous devrions pouvoir vivre aussi hors des coupes du monde de football.  Et je me dis qu’il faut garder la tête haute et j’ai rêvé d’une fin d’allocution présidentielle, avant-hier, sur l’air de la Marseillaise et j’ai vu un peuple entier, debout, le point levé, dehors ou à ses fenêtres en train de chanter à l’unisson : « … égorger nos fils et nos compagnes, aux armes, citoyens… »