(ou : le voyageur incognito ou encore : les avantages et les inconvénients d’être une star)  

Hier, j’ai brièvement évoqué Arnold dont c’était l’anniversaire et justement, à propos d’Arnold, comme il est à la Gomera jusqu’à la fin du mois et comme ça n’a rien à voir avec ça et que lui-même est si peu concerné par ce que je vais dire, je vais vous raconter une anecdote géniale qui m’est arrivé en mai 2010. Il n’y a que quatre ans et pourtant, ça fait déjà quatre ans.  

Il faut dire que ce fut cette année-là, ce mois de mai là que je vécus mon quart d’heure de célébrité comme disait Andy Warhol. C’est là que je vécus le plus grand moment de gloire de toute ma vie. Autant vous dire qu’une fois la surprise passée, je l’ai fortement savouré, cet instant où on m’a reconnu ailleurs que dans ma rue. Mais c’était un peu plus que ça parce que là où ça s’est produit, quand ça s’est fait et avec qui j’étais, c’est assez incroyable pour être remarquable.  Un des points importants de cet événement, ça reste aussi le fait que je n’étais pas seul et que l’étonnement fut partagé. Autant par Jean-Jacques que par Jean-Marie.

En gros, voilà ce qui s’est passé. Nous étions tous les quatre à Berlin pour quelques jours et cet après-midi-là, Arnold avait voulu retourner à l’hôtel pour se reposer un peu. Il avait un problème à la jambe et se sentait particulièrement fatigué. Et nous, nous avions continué de déambuler dans les rues et dans le froid jusqu’à ce que nous tombions devant un Starbucks. Personnellement, je n’en connaissais que le nom jusqu’à ce jour-là et l’occasion d’y entrer et d’y boire un café allongé au maximum s’est présentée, du coup, pour nous réchauffer un peu, nous avons pris le temps de nous y installer confortablement.

Alors que le président et le patron étaient assis, je me suis occupé d’aller chercher les cafés commandés et je suis allé voir quels étaient les petits plus auxquels nous avions droit : sucre, vanille, cannelle et autres fantaisies offertes par la maison. Je leur ai demandé ce qui leur ferait plaisir pour mettre dans leur énorme café et au moment où je me suis levé pour aller chercher de la cannelle, l’un des deux m’a interpelé pour que je rapporte des serviettes en papier, du genre : « Stéphane, tu penses aux serviettes en papier ? »

Et là, me voici apostrophé par une dame qui me parle en anglais ou en français, je ne m’en souviens plus précisément sauf qu’elle avait un accent : « Stéphane ? Vous êtes le Stéphane de Bordeaux ? » « Euh, oui… » M’entends-je encore répondre. Pouvez-vous imaginer ce qui m’est passé par la tête ? Je serais donc connu bien au-delà des frontières de l’hexagone ? Est-ce que je vais être amené à signer des autographes, un jour ?  Est-ce que d’autres vont me reconnaître ?

En réalité, non. Tout s’est expliqué. Il s’agissait, tout bêtement, d’une des meilleures amies d’Arnold, que j’avais rencontrée, il y a des années mais je ne pouvais pas la reconnaître car j’avais un peu oublié son visage et même son existence jusqu’à ce qu’elle se rappelle à mon bon souvenir. Mais malgré tout, je restais stupéfait qu’elle m’ait reconnu ainsi, comme ça, rien qu’en entendant mon nom dans un Starbucks. En fait, Arnold lui avait dit que nous étions tous les quatre à Berlin pour quelques jours et donc, en entendant mon prénom dans une phrase en français, elle a dû me regarder et se dire qu’elle me (re)connaissait. 

En tout cas, ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, qu’on me reconnaisse dans un lieu public loin de chez moi et je peux vous dire qu’il y a des jours où je donnerais n’importe quoi pour que ça se reproduise afin de me faire sortir de cette espèce de langueur qui peut m’habiter, parfois. Un tout petit moment jubilatoire comme celui-ci, ça n’arrive pas si souvent que ça, dans une vie. J’en redemande, à bon entendeur, salut.