Parfois, on se lève du contre-pied gauche, à contrecœur et contraint et forcé et rien ne semble trouver grâce pour soi-même. On doit y aller. Il faut le faire. On a beau ne pas y croire, on se doit d’y adhérer. Et ce matin, c’est exactement ce que j’ai vécu, comme un prisonnier qu’on aurait forcé de se mettre debout avant que l’aube. Et dans ma tête et dans mon corps, j’étais si lent, si lent, silencieux. Une envie de silence pour oublier le reste du monde. Et ses misères. Et les miennes.

Bon gré, mal gré et contre mauvaise fortune, j’ai tenté de faire bon cœur mais celui-ci hésitait entre battre une chamade de révolte retenue et de battre la mesure pour l’immobilisme le plus absolu. D’un côté, à droite, le sens du devoir à accomplir et de l’autre, à gauche, celui d’une envie d’hibernation de quelques heures. Et mon cœur a choisi la deuxième solution : battre si lent, si lent, si lentement tout en me contraignant d’y aller. Parce qu’il le faut bien. Quoiqu'on en dise et quoiqu'on en veuille.

C’est un jour gris, un jour de ciel bas, un jour où on a envie de se recroqueviller sur soi, d’habiter seul, de vivre dans une montagne isolée avec, pour seuls compagnons, les souvenirs des jours meilleurs, passés et à venir. Mais c’est un jour sans illusion. Un jour où rien ne semble vraiment possible dans le meilleur des mondes. Ou dans la pire des réalités. Un jour où on rentre plus tôt du travail pour venir dormir sur le lit. Un jour de camisole. Un jour lent, si lent, de silence. Si lentement.