C’est étrange comme ça m’a fait, ce matin, en regardant l’album de quelques photos de quand j’avais entre 16 et 25 ans. Un album avec un petit nombre de clichés mais assez symptomatiques de celui que j’ai pu être et de celui que je suis devenu. Quelqu’un qui ne faisait pas forcément son âge, quel que soit le moment où il a été figé sur la pellicule. Avec trente-cinq (environ) d’écart, j’ai été surpris par le fait que malgré mes multiples complexes de l’époque, j’étais capable de poser devant un objectif. J’avais oublié ça. Et pas toujours parce que j’étais peu ou prou déguisé car ça, je l’ai fait souvent, aux alentours de mes dix-huit ans.

Je suis effectivement étonné du nombre de fois où je me suis déguisé. Que ce soit pour des soirées oubliées, des occasions particulières comme la journée où tout le monde s’était grimé en terminale, ou juste pour des séances de photo, comme ça, histoire de montrer mes beaux costumes : clown, paysan poitevin… À croire que je passais mon temps à cela. Et le plus amusant de tout, c’est que pour une soirée, je me suis déguisé en costume-cravate, les cheveux lissés et bon, pour ceux qui connaissaient le rebelle et le plus ou moins baba cool de l’époque, ça pouvait surprendre. Moi, ça me doucement sourire. Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, ça me semble si loin.

Je suis surpris de voir que sur une photo pris en URSS, probablement en Ukraine, alors que j’étais en vacances, j’étais très apprêté et je fais dix ans de plus, ce qui était plus ou moins mon rêve d’alors. J’y suis vêtu d’un pantalon beige, d’une chemise recouverte d’un pull rouge à col V, d’un foulard rouge assorti et surtout, je suis coiffé, brushé comme si je sortais pour un dîner en ville, ce qui était loin d’être le cas. C’était en1985, j’avais 25 ans, je ne me ressemble pas, je fais plus sérieux que celui que j’ai toujours été au fond de moi. Heureusement, au-dessus de cette photo s’en trouve une autre, prise quelques mois après, la même année, j’y suis plus décontracté et je m’y reconnais mieux.

J’ai aussi été pas mal ému de deux ou trois clichés en noir et blanc, eux aussi un peu oubliés, mis de côté, pourtant déjà vus et revus à maintes reprises mais là, ça faisait si longtemps que je n’avais pas ouvert cet album… Quelques photos où je me suis trouvé objectivement bien. Ce qui n’a pas été toujours le cas, loin de là. Des photos plus ou moins posées, donc, plus ou moins volées où je suis pris au meilleur de mon physique banal. Des cerises sur le gâteau. Il y a donc des jours où j’ai pu être bien, dans ma vie de mec pas toujours à l’aise avec son temps et avec les autres. J’ai un peu grandi, depuis, pas en taille. Mais en acceptation de soi. Encore qu’il faut le dire vite.  

Je passe sous silence les photos de ce Noël 1979, le Noël de mes vingt ans et de mon premier chagrin d’amour. J’étais alors inconsolable et mon chagrin était incommensurable et insurmontable. Je sais, moi, retrouver la tristesse qui m’habitait alors, dans mes yeux un peu éteints. Aujourd’hui, avec trente-cinq ans de plus, ça me ferait presque sourire tant j’étais jeune et naïf. Et idéaliste. Là encore, je pense que j’ai un peu changé même si au fond, je suis toujours resté sensible à tant et tant de choses et d’êtres que j’aime. Un bain d’adolescence, assumé mais avec cette question : aurais-je aimé avoir un fils qui ressemblait à celui que j’étais sur les photos ?