Mes heures de sorgue sont plus courtes que mes nuits. Plus courtes alors que ce sont les nuits les plus longues de l’année. Celles de novembre et de décembre. Même si celles de janvier devraient faire partie mais non, psychologiquement, celles de janvier, on a l’impression qu’elles tendent vers la lumière. Parce qu’on retourne aux beaux jours. Qui sont autant une expression qu’une réalité. Les beaux jours, ça peut aussi exister en hiver quand ils sont courts. Ce n’est pas parce qu’il fait nuit tôt que pendant qu’il fait jour, on ne peut pas en profiter, apprécier la couleur pure d’un ciel bleu et d’un soleil peut-être un peu plus pâle. Et ce ne sont pas quelques nuages qui sont dérangeants. En revanche, je ne mets pas tous les cieux dans le même panier. En tout cas, pas les gris.

Dans mes nuits les heures sont plus courtes car elles ne durent pas longtemps alors qu’en même temps, elles s’éternisent. Elles sont au comble de leur paradoxe. Mes heures de  nuit ne sont pas assez nombreuses et elles ne sont pas payées double. Pourtant, j’aimerais bien, entre minuit et quatre heures, en faire quelques supplémentaires. Histoire d’avoir l’impression d’avoir mis les bouchées doubles dans mon besoin de sommeil. Mais on ne choisit pas ses nuits, on ne les voit pas passer (ou à peine) si tout va bien et on les subit quand on les découpe selon leurs pointillés. Des nuits à ne plus savoir ce que le mot rêve signifie. Ce qui veut dire que ce sont des nuits de pacotille. Des nuits de rien. Toutes dans l’esbroufe. À part le noir qui les habite, qu’ont-elles de plus ?

J’aime pourtant bien cette période où les jours débauchent à l’heure de pointe : vers 17h. Où les jours vont se faire porter pâles jusqu’au moment, où forts de notre inattention, ils laisseront la place au crépuscule et à l’obscurité. Les jours actuels sont plus courts que mes nuits qui sont plus courtes que mes jours. Le guerrier que je suis ne trouve pas le repos dans le temps qui lui est imparti et se lève chaque matin la fleur fanée à son fusil avant de repartir pour sa vie sociale diurne. Mes heures de nuit ont le compteur bloqué. Et pourtant, parfois, quand je m’y mets, je suis capable de dire qu’elles sont toutes là, je les vois passer sur le cadran rouge lumineux du radioréveil. Il n’en manque pas une et moi, j’en manque plusieurs. Je ne suis pas doué pour les nuits quand les jours sont courts.