C'est chiant ! Mes mains ne sont jamais d'accord. Quand je dois prendre une décision, je fais un vote à mains levées et comme je n'accepte pas les abstentions, aucune n'obtient jamais la majorité. Tiens ! Rien que tout à l'heure, quand je suis allé prendre ma douche, en revenant de mon boulot, comme tous les jours, j'ai entendu la main droite rouspéter car c'est toujours la main gauche qui tient le savon à bras le corps.

Alors comme je n'aime pas les entendre se chamailler, je leur ai dit qu'elles n'avaient qu'à faire un vote mais on est très vite arrivé à cinquante-cinquante et donc, on a fait comme d'habitude, la gauche tenait le savon pendant que la droite bougonnait dans ses doigts parce que, je cite, "c'est toujours moi qui me tape le cul !" Et l'autre, de rétorquer, le pied levé : "Quelle branleuse, celle-ci !"

C'est fini, oui ? Sinon, vous en prenez une sur la figure ! "Oui" a tenté de dire la main droite "mais c'est moi qui me tape la plupart des corvées et l'autre, là, à gauche, elle n'a pas le monopole du cœur !"

Je l'ai mise dans ma poche avec mon mouchoir par-dessus. Parce que je ne supportais plus toutes ces jérémiades. Pendant ce temps-là, la gauche, la sournoise, elle était sous mon menton, me permettant ainsi de ressembler à un penseur et elle ne disait rien, elle profitait de la situation. Elle avait le beau rôle et n'aurait laissé sa place pour rien au monde.

Et devant une telle tension, j'ai fini par trancher : je m'en lave les mains et je les ai passées sous l'eau froide pour les calmer définitivement. Depuis, j'ai la paix. En ce moment-même, d'ailleurs, elles se partagent harmonieusement le clavier de l'ordinateur, chacune à sa place. Et c'est très bien ainsi. J'aime agir de main de maître et surtout, en un tour de main. Comme quoi, il ne faut surtout jamais remettre à deux mains ce qu'on peut faire sans.