Il y a des fois où je me dis que j’ai de la chance de vivre à cette époque où personne ne respecte plus rien, où l’incivilité est devenue la règle et où chacun ne vit que pour sa gueule. Car si j’avais vécu au temps de l’occupation, déjà, on peut dire que je n’aurais jamais eu le temps d’écrire un billet par jour dans ce blog vu que, les blogs, ça n’existait pas, d’une part et que j’aurais été bien trop occupé, d’autre part. Quant à savoir si j’aurais eu le cran de faire partie des résistants, la question est bonne mais je n’ai aucune réponse à y apporter car je n’en sais rien. Y répondre oui serait positif pour mon image mais serait-ce crédible ? Y répondre non me ferait passer pour un mauvais français. Alors, je dis ni oui, ni non, je n’en sais juste rien.

Mais là où j’ai de la chance de vivre 70 ans plus tard que la dernière guerre mondiale, c’est que je peux profiter d’un mode de vie qui me permet de sortir beaucoup au cinéma et aux spectacles (pas de couvre-feu) et dans les restaurants (même si parfois, mieux vaudrait éviter d’y aller tant c’est souvent devenu médiocre tout en nous faisant croire que non) et que je peux profiter d’Internet pour me cultiver tous les jours (même si ce n’est qu’un alibi culturel parce qu’il n’y a pas que des choses intelligentes sur la toile) et j’ai un travail qui me donne un salaire qui me permet aussi de voyager une fois par an même si ce n’est pas au bout du monde. Je me contente de peu mais mon peu est déjà tellement beaucoup par rapport à ce qu’ont connu nos anciens combattants.

Mais là où j’ai encore plus de chance de vivre au vingt-et-unième siècle, c’est bien parce que je peux transporter la nourriture plus souvent qu’à mon tour dans le tram ou le samedi, dans ma voiture, en revenant du travail car j’apporte du poisson au patron ou pour moi-même ou pour Fatima, à la boulangerie en bas. Et de temps en temps, c’est autre chose : comme ce matin, des chayottes (ou des chouchous ou des cristophines) pour Frank, au bureau ou encore deux cakes (un au citron et un à l’orange) gentiment fournis par le papa de Chibrette, ma collègue que j’ai débloquée en lui conseillant des gélules d’Aloelax. Je ne vous dis pas la contrebande ou le marché noir si nous étions encore sous un gouvernement pétainiste franco-allemand.