Il ne reste plus tant de temps que ça avant que l’année ne se termine et je ne voudrais pas que 2014 laisse la place à 2015 sans avoir apporté ma pierre au mémorial de la Grande Guerre, la première mondiale, la Grande Guerre. Celle dont on disait que ce serait la dernière. Avant la suivante. Celle qui dans son côté boucherie préfigura des horreurs encore bien pires, inimaginables jusqu’au jour où on a pu se rendre compte que le proverbe « à l’impossible nul n’est tenu » avait trouvé son comble. Je ne suis personne pour rendre hommage à tous les morts pour la France, pour les Alliés et pour déplorer aussi les pertes civiles chez les ennemis, nos ennemis ancestraux mais j’ai envie de parler de deux ou trois choses qui me sont venues à l’esprit, ce matin, alors que j’étais au travail en train de recenser les bacs de criée qui étaient chez nos clients. Je sais, ça n’avait rien à voir mais dans mon esprit, il ne faut pas toujours chercher à trouver des liens avec d’autres liens. Et aujourd’hui, à défaut de rendre des hommages pompiers ou pompeux, je voudrais juste évoquer deux ou trois choses.

Ce matin, je me disais que cette année, c’était le centenaire de l’entrée en guerre de 14-18. Que la prochaine fois que nous fêterons un centenaire d’entrée dans une guerre contemporaine, avec laquelle nous avons encore des liens proches, ce sera en 2039, dans 21 ans. Et en 2039, j’aurai quatre-vingt ans. Tout ronds. Et j’aurai l’âge des anciens combattants de quand j’étais petit. Quatre-vingt ans, c’est environ l’âge de mon père, actuellement. C’est un âge qui me semble abstrait en ce qui me concerne. Et je sais que, quand j’aurai atteint cet âge-là, je dirai sans doute, comme pour les guerres : plus jamais ça. Tout comme je peux déjà le dire de mes 50 ans et depuis mes 45 ans, même. Non pas à cause des années qui passent, mais bel et bien parce que j’ai de plus en plus l’impression que le meilleur est derrière moi. Que ce qui m’attend n’est guère réjouissant, dans l’absolu. Alors, pour ne pas trop me complaire dans la nostalgie de celui qui n’a pas connu la guerre et pour ne pas trop penser au futur, j’essaie de rester dans le présent. Ce n’est pas toujours facile pourtant.

J’habite Bordeaux (il y en a encore qui ne le savent pas ? ) et ici, il y a quelques endroits où on peut encore (vaguement) ressentir les deux dernières guerres : l’hôtel de Nesmond où deux gouvernements français siégèrent (en 14 et en 40) et nous avons aussi un musée Jean Moulin dont rien que de prononcer le nom, inspire le respect. Et mes grands-parents paternels, à Bécon-les-Bruyères (commune de Courbevoie dans les Hauts-de-Seine) habitaient justement 1, rue Jean Moulin. Dans un bel immeuble bourgeois. Mais pour en revenir à la Grande Guerre, j’ai évidemment des aïeux qui l’ont faite, j’ai sans doute des poilus dans ma famille alors que moi-même, je ne le suis si peu qu’on pourrait presque penser que pas du tout. Il y a des bornes de taxi cours de la Marne, à Bordeaux mais il y a longtemps que je n’en ai pas pris dans ce secteur. Depuis que j’habite cours d’Alsace et Lorraine, tiens, d’ailleurs. Et si ça, ça n’est pas un lien de plus avec tout ça ? Quand je veux acheter du pain complet ou aux céréales, je demande toujours à ce qu’il soit tranché. Si ce n’est pas encore un signe en forme d’hommage, ça… Pardon et encore merci à ceux qui sont morts pour nous.