Avant-hier, en attendant le tramway qui tardait un peu, quatre personnes retournant travailler ensemble sont arrivées, parlant haut et fort et je n’ai pas pu faire autrement que d’écouter leur conversation. Je ne les connaissais pas, ces trois hommes et cette femme. L’un d’eux a dit quelque chose qui m’a fait tendre l’oreille encore un peu plus que de raison (mais j’ai trompé mon monde en conservant mon nez dans le bouquin que je ne parvenais plus à lire) : « Ce matin, en prenant ma douche, à 6h30, elle était meilleure que d’habitude. C’était la dernière ! »

La dernière de quoi ? La dernière avant les vacances ou la der des ders, en cas de retraite, plus ou moins anticipée ? J’ai observé l’homme en question à la dérobée mais pas trop et je me suis dit qu’effectivement, s’il partait en retraite, c’était tout à fait possible mais qu’il ne faisait pas son âge. Ou alors, il avait déjà largement son compte de trimestres et donc, pourquoi pas 55 ans ? Tout dépend dans quoi ils travaillent ces quatre collègues plutôt euphoriques.

Et moi, limite un peu jaloux de me dire que toute ma vie, non, je n’ai pas rêvé d’être une hôtesse de l’air mais d’avoir dix à quinze ans de plus. Quand, j’en avais justement quinze, j’étais persuadé que trente ans, c’était l’âge idéal mais quasiment inaccessible. Quand j’en ai eu vingt, je ne me suis rendu compte de rien, en proie à mon premier gros chagrin d’amour mais au fond de moi, je savais que trente-cinq, ça m’irait bien. Quand j’en ai eu vingt-cinq ou trente, je me disais que quarante ans, ça ne devait pas être mal non plus. Et aujourd’hui encore, je reste persuadé que quarante ans, c’est l’âge que j’ai le mieux porté.

Mais je sais aussi que j’ai toujours cinq à dix ans de retard. Dans ma tête, dans ma vie et dans mes goûts. Et justement, si j’avais ne serait-ce que sept ans de plus, je n’aurais plus à me lever tous les matins pour faire un boulot dans lequel je ne m’épanouis pas ou plus. Mais bon, contre toute attente et mauvaise fortune, faire bon cœur. Je vais continuer de vieillir tout doucement, à un rythme qui n’est pas forcément le mien et un jour, oui, moi aussi je prendrai la dernière douche de ma vie professionnelle. Et j’espère que j’en serai heureux. 

Que tout cela n’ait pas été qu’une vaine illusion. Je n’ai qu’une condition à cela : que mes proches, mes amis et mes amours m’attendent. C’est avec eux que j’aimerais faire mon pot de départ.