D’après le livre de Mitchell Symons, Numberland, il paraît qu’on ouvre en moyenne 22 fois par jour la porte de son réfrigérateur. Moi, je veux bien mais comment il a fait ses statistiques, le monsieur qui a présenté ce résultat dans son livre ? Il a mis un compteur sur l’appareil d’un certain nombre de gens ? Et combien de gens ? Ou alors, il ne s’est mesuré que lui-même compte tenu qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Mais alors, on serait en droit de douter de la pertinence de sa statistique. Du coup, j’ai décidé de faire ma propre mesure en choisissant de vérifier tout ça un jour ordinaire, comme hier, un jour où je travaille et où je prévois de préparer un repas du soir sans me contenter de réchauffer quelque chose de déjà existant.

D’abord, je me lève, le matin et après avoir mis le café en route, j’ouvre le frigo (1) pour prendre la boîte hermétique avec la salade de fruits maison et boire un verre d’eau fraîche. Mais, il ne faut pas que j’oublie de comptabiliser le fait que j’ouvre de nouveau l’engin pour remettre la boîte hermétique et le reste de son contenu (2) avant d’aller prendre une douche. En général, je m’habille en sortant de la salle de bains et je ne bois mon café qu’une fois vêtu. Le café nu, ça me fait rougir. Question de pudeur. Et je vais me laver les dents après le café et je vérifie si je n’ai pas tendance à oublier quelque chose avant de réaliser que je n’ai pas pris le sandwich (3) que je me suis préparé la veille pour le petit creux de 9 heures, au bureau.

Pendant tout le temps que je suis absent de la maison, mon compteur d’ouverture de frigo ne tourne pas. Mais dès que je rentre chez moi, même si je vais prendre une douche pour me laver de tout soupçon socio-professionnel, je vais sortir la boîte hermétique (4) avec la salade composée préparée la veille et je vais me rincer. Une fois de nouveau habillé mais avec d’autres vêtements, je viens manger mais jamais sans repartir vers l’appareil pour prendre un morceau de fromage ou un fruit ou un yaourt (5) et c’est une fois que j’ai fermé la porte que je réalise que je boirais bien un peu de Perrier (6).  Après, je nettoie le coin repas mais comme souvent, je peux avoir soif avant de partir faire autre chose, on peut compter une ouverture de porte en plus (7).

Normalement, j’ai souvent une séance de gym vers 15h et/ou des choses à faire pour le patron ou éventuellement, un cinéma les jours où ça me prend, voire du shopping et dans ce cas, le compteur est arrêté le temps que je suis dehors. Mais si je reste à la maison, il n’est pas rare qu’entre la fin de mon déjeuner et le moment où je retourne en cuisine pour préparer le repas du soir, la salade et le sandwich du lendemain plus deux ou trois choses, je peux aller chercher un fruit que je conserve au frais pour éviter les moucherons, boire un verre de Perrier (c’est fou, j’aime bien ça en dehors des repas) et donc, si je prends le cas d’hier, ou passe à 10 rien que mine de rien.

Où ça va se corser, c’est quand je m’attelle à la cuisine. Hier, par exemple, je devais préparer un gratin de gnocchis et une salade de céleri, pommes, champignons et thon. Plus mon sandwich et un dessert. Alors, j’ai ouvert le frigo (11) pour prendre le maximum de choses pour le gratin de gnocchis mais j’avais oublié les gnocchis (12) et j’ai commencé à couper le poivron, les tomates et j’ai ajouté deux ou trois autres choses qui ne venaient pas du froid. Mais j’avais oublié le parmesan en poudre pour lier un peu l’ensemble dans la sauteuse (13) et ensuite, j’ai fait mijoter ça un peu et je me suis attelé à la salade composée pour le lendemain (14) et à la fin, j’ai attrapé le pot de sauce salade pour l’arroser (15).

Le fait de vouloir préparer le dessert m’a fait prendre un yaourt soja citron (16) mais pour ne pas gaspiller, j’ai profité que la porte était ouverte pour y remettre certains légumes non utilisés, deux ou trois bricoles dont je n’avais plus l’utilité jusqu’à preuve du contraire et là, j’avais oublié les groseilles (17) et j’ai bu un peu au passage. J’ai fait le dessert et quand j’ai rangé le reste de la barquette de groseilles, j’ai pris le jambon et le fromage pour mon sandwich (18) sauf que j’avais rangé le céleri et que j’ai dû y retourner (19) parce que j’en glisse toujours des feuilles dans mon casse-croûte. C’est bon pour la santé et c’est bon au goût, le céleri. Voilà, j’ai fini par terminer toutes mes préparations et j’ai tout rangé une dernière fois (20) pour aller mettre le couvert.

Nous avons dîné et au dernier moment, j’ai sorti l’eau gazeuse faite maison pour le président (21) et nous avons mangé tous les deux jusqu’au moment de tout débarrasser et de ranger d’éventuels restes tout en sortant les verrines du dessert (22) et là, je me suis dit que banco, le compte y était sauf que ça me déplaisait un peu de n’être que dans la moyenne de tous mes contemporains. Un mec banal, quoi. Alors, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour changer les choses. J’ai eu soif, avant d’aller me coucher et après avoir bu mon infusion et là, un petit coup de Perrier avant d’aller dormir, ça a mis le compteur à 23 et tout d’un coup, je me suis retrouvé au-dessus de la moyenne. J’ai adoré ça.