Je suis ressorti de chez le psy complètement chamboulé. J’y suis allé pour une consultation d’évaluation, ça a duré des heures, j’ai répondu à plein de questions et à un moment, j’étais fatigué et j’ai eu l’impression d’être au bord du malaise. Je n’entendais que des bribes de phrases, des mots apparemment sans signification, du moins pour moi et je me suis mis à transpirer. «… distractibilité… cénesthopathie… dépersonnalisation… bradypsychie… inhibition psychomotrice… » jusqu’à ce que le médecin me dise : « vous souffrez d’hippopotomonstrosesquippedaliophobie. » Et là, j’ai réellement pris peur. « Vous êtes hippopotomonstrosesquippedaliophobe. » Je lui ai demandé ce qu’on pourrait faire et il m’a répondu que ce serait trop long à expliquer pour une première séance. Surtout vu l’état de malaise dans lequel je semblais être.

Sinon, après une pause, il m’a expliqué quels étaient les quatre autres symptômes majeurs qui pouvaient témoigner de mes peurs les plus viscérales. Et qu’il allait falloir nous mettre à soigner, ensemble. D’abord, au vu des résultats sur les tests animaliers, il en est ressorti que mon inconscient refusait l’idée même de me trouver à la place du petit Chaperon rouge dans une maison en bois aux sols parfaitement propres. Et il en est également ressorti que je ne supportais pas l’idée d’aller au Jardin Public et de voir les canards autrement que de dos. Le psy m’a diagnostiqué luposlipophobe (peur d’être poursuivi par des loups dans une maison aux parquets bien cirés) et anatidaephobe (peur qu’un canard me regarde) tout en me rassurant car il me suffisait d’éviter les maisons aux parquets cirés et les canards de face. Sauf les magrets et les confits. Encore que, encore que…

Pour les deux autres points critiques, je devais y travailler seul car ça dépendait uniquement de moi contrairement aux deux précédents où la présence d’animaux pouvait me tomber dessus sans que je ne puisse y crier gare. Il me fallait oser dans certains musées (ou certaines salles de musées) car je ne pouvais plus y aller sans en ressortir aussitôt dans un état proche de la transe. Tout comme, je devais éviter de me retrouver en public sans avoir pris soin de me faire une toilette la plus complète possible. « Ces deux actions vous permettront de corriger tout ou partie de deux autres peurs maladives chez vous. Car vous êtes agalmatorématophobe et pruritanophobe. N’oubliez jamais que la Vénus de Milo ne peut pas vous parler et que si vous vous grattez en public, faites le discrètement, personne ne le remarquera. D’accord docteur, mais la prochaine fois, qu’ils prennent les patins, les loups, sinon, ils vont rayer le parquet avec leurs griffes.