Si je devais choisir entre les deux films de ce jeune prodige canadien sortis cette année, Tom à la ferme et Mommy, ce ne serait pas l’un ou l’autre mais l’un préféré à l’autre tout en conservant les deux car les deux sont d’autant plus remarquables qu’ils portent la trace d’un génie. Quand on a 25 ans et qu’on est capable de faire des films comme ça, forcément, quelque part, c’est qu’on a été touché par une espèce de grâce, aidé par les fées et repéré par les princes charmants. De toute façon, Xavier Dolan, on l’adore ou on le déteste car on le trouve insupportable, comme certains de ses films. Mais à chaque fois, ça reste une expérience enrichissante et à chaque fois, on prend une leçon de cinéma et une claque dans la figure. Quand on va voir un film de Dolan, on n’en ressort jamais indemne.

Mommy, qui raconte l’histoire d’une famille décomposée, est un film violent : une mère doit récupérer chez elle son fils, adolescent atteint du trouble du déficit de l’attention et d’hyperactivité qui est, en plus, capable de crises de violence incroyable. Le père est mort depuis trois ans et la mère va devoir faire office des deux parents face à un jeune incontrôlable et qui est, de surcroît, un peu amoureux d’elle. La voisine d’en face, autre personnage à problème va entrer dans leur bulle et chacun trouvera un semblant d’équilibre. Précaire. Mais il va bien falloir remettre les pendules à l’heure et les gens à leur place. Entre bagarres, cris de haine et cris d’amour, entre espoir et abattement, on navigue à vue comme si on était toujours en pleine tempête. C’est remarquablement joué, c’est fort, c’est aussi très difficile à supporter, parfois.

Tom à la ferme, qui raconte l’histoire d’une famille brisée par un deuil, est un film violent : un jeune citadin (joué par le metteur en scène) va au fond d’une campagne pour les funérailles de son petit ami et arrive dans une famille brisée (il ne reste que la mère et l’autre fils, l’aîné) qui ne sait rien de son existence ni des choix du fils disparu. Un jeu de rôles malsain est installé par le fils aîné contre tom et s’ensuivront une espèce de jeu du chat et de la souris, entre séduction violente et besoin de destruction. Comme si l’aîné n’acceptait pas une autre réalité que celle qu’il découvre : ses propres penchants refoulés. On retrouve la patte d’Hitchcock dans ce film et j’avoue que des deux, c’est celui-ci que je préfère et que j’ai même vu deux fois à sa sortie. Alors que je suis resté un peu plus extérieur à Mommy. Quoiqu’il en soit, il faut aller voir le travail de Xavier Dolan.