Dans mon entourage proche, ils s’en souviennent de mon ancienne patronne, Nicole. Avec ses soixante-dix balais, son look de petite femme menue mais toute en gueule, son vocabulaire de charretier et son impudeur totale, tant morale que physique. Et ses sorties à la va comme je te pousse. Comme celles que peuvent faire celles et ceux qui manquent un peu de culture et qui aiment faire croire que… ou qui font comme si… et surtout, qui font avec les moyens de leur bord.

Je me souviens de quelques-unes de ses expressions, souvent le fruit de savoureux mélanges de deux autres expressions. Je me souviens du jour où pour nous dire que ça ne servait finalement à rien qu’elle s’énerve après ses employés car ils n’écoutaient, ne comprenaient pas ou n’en faisaient qu’à leur tête. Elle avait conclu royalement et avec une assurance incroyable : c’est comme si on parlait à un violon. Et au-delà du rire que j’ai dû réfréner, j’avais trouvé cette formule pleine de poésie.

Ce matin, c’est en parlant des propositions de loi pour limiter partiellement le déficit de la Sécurité Sociale, au bureau que Chibrette (je ne dirai pas son vrai prénom ici, on ne sait jamais), nous en a sorti une belle. Un autre mélange de deux formules qu’elle ne maîtrise pas. Elle a conclu sa prise de position par un magnifique : « Il y en a qui abusent du système et tu ne me l’enlèveras pas du contraire. » Oui, parce que lui enlever de l’idée, c’est beaucoup lui demander, sans doute.