Viens à la maison, y a le printemps et l’été qui chantent. Il y a du soleil sur la France et sous les pavés, peut-être trouverons-nous une plage… C’est sur la route du retour qu’on pense à tous les bons moments passés pendant deux semaines presque parfaites et à celles à venir, mélange pas toujours équitable d’autres bons moments attendus ou inespérés et de moments plus difficiles à passer, à digérer ou à accepter. Un retour à la vie normale, à la vraie vie. Un retour pas vraiment aux sources ou alors, pas celles du plaisir.

J’ai trouvé Bordeaux plutôt beau, en apparence et en hauteur, en arrivant, hier dans ma rue. Les immeubles scintillaient presque de leur blondeur dorée sous un soleil éclatant mais j’ai eu le tort de jeter un œil par terre et de découvrir des rues, des trottoirs et des quais de tramway d’une tristesse désolante, d’une saleté oubliée et d’un témoignage de ces incivilités permanentes inhérentes à une ville grande comme Bordeaux. Et j’ai eu un petit pincement au cœur en réalisant que le plus dur ne serait peut-être pas la reprise mais de redécouvrir un tel environnement quotidien.

Et ça a continué en soirée et pendant la nuit. Quand je me suis levé à 4h20, pour aller faire mon pipi nocturne, j’ai entendu tellement de bruit et de cris dans la rue que je suis allé à la fenêtre et ce que j’y ai vu m’a encore plus déprimé. Les jeunes et nouveaux voisins d’en face, au premier étage, juste au-dessus du magasin Mimi Cosmetics « tout pour la coiffure » : à leur fenêtre, les fêtards jetaient tout et n’importe quoi sur les autres passants noctambules qui criaient d’autant plus fort que la musique était assourdissante tant elle était plus qu’à fond les basses.

Ce matin, sur le trottoir, sous leurs fenêtres, des tas de détritus et un calme soudain inhabituel au bout de ces quelques heures de nuit. Et une furieuse envie d’aller les réveiller. Ou de leur mettre de la musique à fond mais pas celle qu’ils aiment, pourquoi pas de la musique de défilé ou de l’accordéon, quelque chose d’un peu crispant quand on a envie de dormir. Le son du clairon en boucle toute la journée, tiens. Si je n’avais pas peur d’embêter le reste du quartier, c’est ça que je ferais. Pitoyable jeunesse qui ne sait pas qu’elle ne vit pas seule au monde.

Et le regret d’autant plus important d’avoir quitté cette terrasse des Sables d’Olonne, face à l’océan, au-dessus de la plage et à chaque instant ou presque, une luminosité comme jamais : un ciel bleu parfois parsemé de quelques nuages comme négligemment posés çà et là ; du sables fin couleur des blés tantôt à nu, tantôt recouvert d’eau et une mer calme aux reflets bleu, vert ou gris clair. Une impression de propreté de tous les instants et d’endroits respectés. Loin de toute saleté. Mais tant pis, désormais, je suis de retour à la maison.  Pour jusqu’à une prochaine fois.