S’il y en a qui viennent me lire ici et qui me connaissent un peu, beaucoup, passionnément, qu’ils ne se formalisent pas si je ne réponds à personne, si je ne réagis à rien et si je continue de publier des billets sans autre communication. Je suis comme sur une île déserte. J’ai le droit à vingt minutes par jour pour me connecter sur Internet et je n’ai pas le temps d’en faire plus. Pas le temps ni la patience de rester devant ce bas débit. Ça m’énerve plus qu’autre chose. Alors, je me contente de clavarder sur Word qui lui, fonctionne plutôt bien. C’est déjà ça.

Hier, nous avons commencé notre deuxième semaine. Notre deuxième lundi ici. Notre dernier lundi ici. Et je ne sais pas pourquoi, alors que ça fait une bonne vingtaine de fois que je viens aux Sables depuis vingt-deux ans, j’ai eu comme la sensation que c’était une dernière. Comme si j’étais venu faire mes adieux à ces roches noires et à cette étendue de sable fin. Comme si je partirais me faire voir ailleurs, pour les années qui viennent. Sous d’autres cieux, sous d’autres soleils et dans d’autres eaux. Des eaux plus profondes ? Des eaux plus claires ?

Cette sensation m’est surtout venue dimanche alors que nous nous apprêtions à quitter la tribu Coutand pour ce déjeuner annuel sous le figuier. Déjeuner où nous étions un peu moins nombreux, cette année. Quelques absents dont le patron. Et au moment de partir, sachant que je m’en allais avant la fin de la « garden party », alors que je faisais le tour de la vingtaine de convives, une sensation qu’à certains d’entre eux, je faisais la bise ou je serrais la main pour la dernière fois. Et nous sommes partis, un peu honteux mais soulagé, en ce qui me concerne, un peu comme si je le faisais en douce ou en catimini. Alors que je ne partais qu’à vélo.

Ce ressenti n’est pas triste ni douloureux puisqu’il est, puisqu’il peut être, puisqu’il sera peut-être un choix de ma part si le fait que je ne revienne pas ou plus ici se confirme. Mais si cela se produit, il faudra bien que je trouve un autre endroit dans lequel nous pourrions nous retrouver, avec mes parents (partis hier après le déjeuner), le patron et pourquoi pas, Arnold et Isabelle. Pourquoi ne reconstituerions-nous pas ailleurs notre bande de joyeux lurons. Pourquoi n’irions pas investir d’autres lieux plus propices à la découverte ?

Pour ma part, une chose est certaine, cette année, j’ai goûté à un semblant de liberté aux Sables. Et cette liberté, elle est encore plus appréciable ici, là même où nous logeons. J’aime beaucoup cet appartement dans lequel nous vivons, spacieux, clair, avec son immense terrasse sur la plage. Je l’aime tellement que si je ne reviens pas ici, je ne reviendrai pas du tout. Tant qu’à faire. Ou alors, il faudra que je m’y fasse. Parce qu’on ne m’avait pas dit que partir, c’était revenir un peu. Beaucoup. Voilà où allaient mes pensées, ce matin, alors qu’il faisait 7 heures devant le jour qui se levait.