Je continue d’écrire et de programmer les publications de mes billets aussi, je ne sais plus très bien si, quand j’écris et que je parle d’hier ou de demain, s’il ne s’agit pas d’avant-hier (voire avant avant-hier) ou du surlendemain qui pourrait être devenu un hier. Donc, moi, au milieu de tout ça, je suis un peu décalé, en différé ou carrément trop en avance. Un avant-gardiste rétrograde, en quelque sorte. Il faut bien que je fasse avec car je n’ai pas la concentration nécessaire pour faire comme les animateurs de jeux télévisés qui ne pensent qu’à vous faire avaler le fait que l’émission diffusée pourrait être en direct. Paradoxes des images.

Alors, ce matin, dimanche, pour un billet qui sera sans doute disponible lundi, je voudrais faire un point sur cette première semaine sablaise, cette première semaine pas tout à fait ensablée. En ce moment, nous sommes sept à table tous les jours. Enfin presque. Presque tous les jours et presque sept aussi. Parfois, souvent, nous ne sommes que six. Mais ça fait des jolies tablées et ça nous fait passer des bons moments. Bien sûr, Isabelle et moi, nous faisons les clowns pour être sûrs que tout le monde s’amuse et rit de bon cœur mais ce n’est pas que pour ça. C’est parce que c’est dans notre nature et nous nous faisons rire nous-mêmes.  

Nous en profitons aussi pour passer du temps sur la plage, à marcher ou dans l’eau, à marcher ou à nager, quand il n’y a pas de vent parce que après, c’est dur, quand on sort et qu’on a froid. Je continue de ramasser mes coquillages mais un peu plus en dilettante. Même parfois, sans y aller exprès, en marchant, j’en trouve deux ou trois, comme ça. Par hasard. Samedi, alors que nous faisions une halte avec nos vélos loués sur une plage sauvage de la côte du même nom, justement : trois pour moi et même Isabelle en a trouvé un. Ça en fait quatre de plus pour la collection, pour le cru 2014 qui, pour l’instant, totalise 423 prises.

Et puis, toujours sur cette plage du Paracou, samedi, alors que le patron marchait les pieds dans l’eau, j’ai tracé un cadre sur le sable encore mouillé des dernières vagues de la marée avant qu’elle ne descende et j’ai demandé à Zaza de laisser une belle empreinte de pieds sur  un côté du rectangle et j’ai écrit les lettres de son surnom et on en a fait de même pour moi. Comme sur Hollywood Boulevard. Nous avons laissé nos empreintes. Peut-être pas pour l’éternité dont je parlais dans le billet précédent. À moins que l’océan ne soit très indulgent pour nous à cet endroit précis mais j’en doute. Ça ne fait rien, nous avons pris des photos et gardons aussi ces images dans nos têtes.

Et samedi matin, nous avons croisé la marche blanche en hommage au jeune Tom, de quinze ou seize ans, décédé sans qu’on n’ait toujours pas compris s’il s’est tué ou s’il a été tué par sa mère. Cette histoire qui fait beaucoup parler aux Sables. Certains disent autre chose que ce qui est relaté dans le journal. Comme Renée, qui sait très bien, elle ce qui s’est passé et c’est pour ça qu’elle s’en rend malade. Cette marche blanche qui m’a ému. C’est la première fois que j’en vois une en vrai. Ces gens, massés les uns contre les autres. Qui marchent en silence. Avec des roses blanches un peu partout. De l’émotion à l’état brut. Un murmure de respect au milieu du bruit des vagues.