Je pense qu’il serait souhaitable de faire le point sur ma récolte, sur la première partie de ma récolte, en quatre jours de ramassage. C’est aussi pour fixer mes résultats que je les note ici alors que je sais très bien que ça n’intéresse personne ou si peu de monde. Si je récapitule, donc, dimanche : 22 ; lundi 99 en deux fois ; mardi : 52 et mercredi : 70. Et pourtant, autant vous dire que le cœur n’y était pas plus que ça, mercredi alors que j’ai battu mon record en une seule prise. Et ça nous fait donc un total de 243 et avec ça, qu’est-ce que je vous mets ?

Un peu plus de cœur à l’ouvrage peut-être ? Mais bon, on sait très bien que quand une tuile grosse comme une maison vous tombe dessus, on n’y peut pas grand-chose et qu’il fait bien faire bon cœur contre mauvaise fortune, comme on dit dans les chaumières. Alors ma foi, on avance avec ces pensées obsédantes qui font que les vacances sont en mode clignotant : un coup on rit, un coup on est triste. C’est la vie, ce n’est que le reflet de la vie. Un des reflets de la vie. On essaie de ne pas être triste tout le temps et on y parvient malgré tout.

Heureusement, cette vieille dame anglaise qui est venu me voir pour me demander, avec son accent adorable, ce que je collectais alors que j’étais accroupi au bord de l’eau face à un ensemble de plein de choses : coquillages divers, petits cailloux, algues et autres : ne sachant pas lui dire en anglais, pour le nom des grains de café, je lui ai montré ma pêche : « Oh, je vois que nous collectons le même. C’est pour mon fille. » Je ne lui ai pas sorti l’histoire de mon fils que je n’ai pas. J’ai continué ma quête pendant qu’elle s’éloignait tout en continuant de parler.

Heureusement qu’elle est partie car nous étions quasiment sur le même territoire et alors, me sont venues plein d’idées pas toutes saugrenues, certaines très grenues et d’autres bien sottes. Me sont revenus en tête plein de moments de notre histoire commune avec les anglais. J’ai repensé à Jeanne d’Arc qui aurait mieux fait de ramasser des coquillages au lieu de partir en croisade pour défendre le roi de France au nom de Dieu. Au pire, elle aurait été brûlée par le soleil mais ça aurait été moins grave que par les anglais. Mais à Domrémy, les grains de café, je crois que c’est assez rare.

J’ai pensé à cette chère Aliénor, surtout chère dans le cœur de l’ex-Président, le mien. Qui a fait un mariage plutôt réussi entre amour et raison. Union de deux êtres pour un royaume plus étendu. Une femme moderne avant l’heure. En tout cas, ma vieille anglaise à moi, elle était moins présente que la petite fille blonde de lundi. Et je lui en suis reconnaissant car sinon, j’aurais dû rouvrir les hostilités contre l’Angleterre, fermer le tunnel sous la Manche et interdire les fish and chips en France. Mais entre gens de bonne éducation, chacun respecte l’autre et son territoire. Certains devraient y penser.