Elle aurait pu me donner les deux ou trois qu’elle avait trouvés pendant que moi, l’air de rien, comme j’étais sur un bon « gisement », je devais déjà en être à une dizaine. Mais comment faire pour lui faire me les donner ? En ajouter des tonnes à propos du fait que je lui avais dit que c’était pour mon neveu ? « Tu sais, mon fils, il est gravement malade et il ne peut plus venir à la mer, il ne la reverra plus jamais car je pense qu’on ne pourra jamais le soigner, alors, pour lui, comme il aimait bien ça, avant, quand il pouvait venir, je viens tous les jours ici, pour augmenter sa collection. Et deux ou trois de plus, ça lui ferait tellement plaisir… » aurais-je pu lui dire en reniflant pour montrer combien j’étais triste. Mais bon, spéculer sur la tête du fils que je n’ai jamais eu… c’ est moyen.

J’aurais pu lui dire que là-bas, derrière ces gros rochers, il est réputé qu’on peut trouver par dizaines, des grains de café mais il faut passer par un endroit un peu difficile d’accès. Tu viens avec moi pour voir ? Et on aurait fait comme pour quand je l’ai aidée à passer le petit à-pic un peu avant, je l’aurais aidée. J’aurais tenté de l’aider mais au dernier moment, je ne sais pas pourquoi, j’aurais lâché sa main et elle aurait fait tomber ses trois grains de café et comme elle aurait eu un peu mal, elle n’y aurait plus pensé et moi, sournoisement, je les aurais retrouvés et vite ramassés pour les mettre dans mon petit sachet. « Je ne les trouve pas, comme c’est dommage ! » Et hop ! Comme ça, j’en aurais eu trois de plus et elle, elle a encore toute la vie devant elle pour en ramasser.

En plus, elle habite ici, aux Sables d’Olonne, donc, elle vient souvent. Et pour en revenir à la réalité, elle est partie pour revenir deux minutes après et alors que nous étions tous les deux accroupis, elle me parlait, me déconcentrait et tout et tout. À un moment, une dame est arrivée et elle m’a dit « bonjour, je suis la maman ! » tout sourire et a dit à sa fille « j’ai terminé ma gym, on y va, chérie. » Et elles sont parties. « Au revoir, monsieur » Non, pas au revoir, adieu, à jamais, ai-je pensé. Vivement mardi qu’elle rentre en classe et qu’elle ne vienne pas marcher sur mes plates-bandes. En tout cas, je suis très surpris par l’attitude très sociable de la gamine et aussi de sa mère qui la laisse parler à un inconnu. Comme quoi on peut me faire confiance. Si elles savaient…