Comme j’écris des billets à l’avance et que je les programme pour qu’ils soient publiés sans que j’aie à m’en soucier, j’ai forcément un peu de décalage entre les faits et leur récit. Je voudrais revenir sur lundi matin, quand je suis allé aux coquillages. Je suis parti la fleur au fusil (pour la chasse aux grains de café) en traversant la zone de rochers entre le vieux phare tronqué et le début du quartier des Présidents, là où la plage n’a plus de sable et où il est interdit de se baigner. J’étais en bermuda et débardeur, avec juste un petit sachet de mouchoirs en papier, vide, pour la récolte à venir (je n’ai pas des prétentions exorbitantes) et mes sandales de plage. Vous savez, ces chaussures en plastique qu’on enfile comme des chaussons, des tatanes de piscine, aussi, oui.

Et là, à un endroit où il y a comme un petit à-pic, une petite fille d’à peine dix ans, blonde, incarnation d’une sirène sauf qu’elle avait des jambes et les pieds nus, hésitait à passer, plus impressionnée que moi par cette difficulté (pourtant légère à passer) et je lui ai demandé si elle voulait que je l’aide à passer, je lui ai dit que j’allais franchir l’obstacle le premier et que je lui tendrai la main, il n’était pas question pour moi d’en faire plus, on ne sait jamais. C’est ce que nous avons fait et elle m’a remercié et j’ai continué mon chemin jusqu’à un premier endroit qui me semblait propice à ma quête, un endroit que la marée, qui descendait, venait de découvrir, un endroit encore bien frais, encore immaculé de toute cueillette.

Et bingo, ne la voilà-t-il pas que la petite fille blonde arrive vers moi, s’accroupit et me demande ce que je fais. « Vous ramassez des coquillages ? » « Euh, oui » lui ai-je répondu en hésitant un peu car pour moi, quand j’en cueille, c’est un peu chasse gardée, je n’aime pas partager et ce plaisir ne peut être que solitaire en ce qui me concerne. Elle m’en montre un qui ne m’intéresse pas et je lui dis que je ne recherche qu’une seule sorte et comme j’en trouve un au même moment, elle comprend : « Ah, ce sont des grains de café que vous cherchez ! Tiens, il y en a un gros, là. Moi aussi, j’en ramasse et je les garde ! » Grrrr, ai-je pensé intérieurement. « C’est pour vous ? » « Non, c’est pour mon fils ! » Que voulez-vous que je réponde d’autre, en cherchant à me débarrasser d’elle.

À suivre