Le triangle amoureux a toujours été une figure de géométrie appréciée des écrivains, des compositeurs d’opéra et des cinéastes. Je ne vais pas en faire le recensement ici mais on peut d’ores et déjà citer le célèbre Jules et Jim de Truffaut qui reste un peu l’emblème de ce genre artistique. Pour ma part, le film de Daniel Ribeiro que j’ai vu hier, à Utopia, « Au premier regard » m’a transporté de bonheur tant ce film est touché par la grâce. Et par son histoire et par l’interprétation de ses acteurs, Guilherme Lobo en tête.

La différence entre ce film et les autres œuvres qui traitent du triangle amoureux, c’est que là, ça se passe entre trois adolescents d’une quinzaine d’années (peut-être seize ou dix-sept mais certainement en-dessous de dix-huit) : Leonardo, aveugle de naissance (joué par Guilherme, véritablement aveugle lui aussi), Giovanna et Gabriel. Et c’est justement tout le poids de cette histoire d’amitié et d’amour : l’un des trois ne voit pas ce qui se passe autour de lui et se contente de sentir les choses et ses amis, les autres de sa classe, ses parents et sa grand-mère.  

Leonardo et Giovanna sont amis depuis l’enfance et sont encore inséparables comme s’ils hésitaient à s’aimer d’amour alors qu’ils sont surtout comme frère et sœur. Elle est toujours là pour lui, le raccompagne chez lui tous les jours après l’école et ils espèrent tous les deux vivre un jour un grand amour, à fleur de romantisme et d’échanger leur premier baiser, enfin, avec quelqu’un que chacun aimera. Jusqu’au jour où Gabriel rejoint la classe en cours d’année et s’installe derrière Leonardo et sa machine à écrire le braille. Devant certains imbéciles qui se moquent tout le temps de lui.

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À partir de là, la relation entre Leonardo et Giovanna va s’émousser un peu, la jalousie va s’installer entre eux quand la jeune fille va comprendre que les deux garçons aiment bien passer du temps ensemble et pas seulement pour faire un exposé demandé par un professeur. Ils vont au cinéma tous les deux et Gabriel raconte le film à l’oreille de Leonardo, ils vont voir une éclipse de lune que Gabriel décrit à son ami et cette éclipse qui comprend trois éléments : la terre, le soleil et la lune va devenir le symbole des trois jeunes. Giovanna ayant tendance à disparaître face à l’amitié des deux garçons.

Ces chassé-croisé vont aller crescendo, nous montrant des images superbes entre les trois jeunes, des je t’aime, tu m’abandonnes, je t’en veux, je ne veux plus te parler et tu me manques qui sont à un carrefour de leur vie. Mais contre toute attente et contre tout le reste de l’univers, ils resteront amis « à jamais », peut-être deux d’entre eux finiront en couple et on ne peut qu’espérer qu’ils vivent une grande et longue histoire d’amour et restent, pourquoi pas, deux héros mythiques comme les grands amoureux du cinéma.

J’ai aimé le naturel de ces jeunes, la complexité de leurs rapports, l’intelligence du propos du film qui ne nous laisse jamais croire que tout est gagné. La difficulté supplémentaire de Leonardo, empêché de voir les choses mais qui tombe malgré tout amoureux de Gabriel, malgré tout et surtout malgré lui (en avait-il seulement conscience avant cette rencontre avec lui ?) est très bien rendue. J’ai souri, j’ai ri, j’ai été ému, j’ai été bouleversé et j’ai été charmé. J’ai eu un peu de mal à revenir dans la vraie vie en sortant de la salle. J’aurais aimé que ça dure encore et encore.

Ça n’est pas souvent que j’entre autant dans un film et que je m’y sente aussi bien. Parce que, parfois, on aurait même pu penser assister à un documentaire sur la vie d’un aveugle dans un lycée où il est le seul à avoir un handicap tant tout paraît vrai et juste. Évidemment, la fin tombe légèrement dans le roman-photo avec quelques facilités d’écriture mais il fallait bien trouver une fin, une « happy end » et on pardonne ce petit égarement au metteur en scène car tout le reste est tellement réussi…  et aussi parce que le film est une jolie leçon de tolérance. Un film sur la liberté.

J’ai aimé le naturel de ces jeunes, la complexité de leurs rapports, l’intelligence du propos du film qui ne nous laisse jamais croire que tout est gagné. La difficulté supplémentaire de Leonardo, empêché de voir les choses mais qui tombe malgré tout amoureux de Gabriel, malgré tout et surtout malgré lui (en avait-il seulement conscience avant cette rencontre avec lui ?) est très bien rendue. J’ai souri, j’ai ri, j’ai été ému, j’ai été bouleversé et j’ai été charmé. J’ai eu un peu de mal à revenir dans la vraie vie en sortant de la salle. J’aurais aimé que ça dure encore et encore.