Il pleut, il fait beau, il pleut, il bruine. Il bruine et il grise mine, dehors. Il bruinasse et tantôt, il fait beau et tantôt il fait moche. L’eau bruine comme si elle se croyait utile pour rafraîchir les estivants sous un soleil accablant qui a préféré prendre la fuite. La fuite d’eau. Il bruine et il est mort le soleil que tous les nuages du monde pleurent. Ils sont tous là en cortège funèbre comme au temps des chrysanthèmes. Il bruine à tombeaux ouverts. Et il va bientôt falloir remiser voire revendre tous nos bermudas et nos sandales. Parce que, à force de bruiner entre deux timides rayons de soleil, il ne nous reste plus que l’eau fraîche. Il ne manque plus que l’amour qui va avec pour rendre le monde heureux. Mais ça, j’en doute autant qu’il pleut, autant qu’il bruine.

Il pleut, il fait bon, il pleut, il crachine. Il crachine et il grise mine, dehors. Il crachinasse comme pour laver de notre mémoire collective tous les souvenirs des étés passés, sous le soleil exactement, sous des soleils exactement et des ciels d’un bleu comme on n’ose même plus en rêver. Il crachine et c’est un temps à rester chez soi devant un bon feu à l’âtre, un bon bouquin dans les mains et un disque de Barbara qui nous chanterait que dès que Pierre arrivera, il faudra qu’il aille couper du bois car sinon, il ne sera jamais sec avec tous ces crachins. Les cieux nous crachent dessus comme pour nous écraser de leur mépris. Comme si nous devions expier toutes nos fautes d’inconscient par un été pourri. Il crachine dans les bassinets et ça me bassine et ça me rend triste. Autant que le crachin gris.

Il pleut, il fait bon, il pleut, il pleuvine. Il pleuvine et il grise mine, dehors. Comme si c’était déjà l’automne. Comme si nous avions fait double six et que nous nous retrouvions en prison sans passer par la case départ. Il pleuvine et il pleurniche partout. L’eau nous glisse dessus et nous rentre dedans. Il nous pleuvine partout autour de nous et en nous. Mes propres nappes phréatiques sont pleines. À force, je risque de faire des coliques phréatiques. Je déborde de partout et le monde déborde, n’en peut plus de tout ce qu’il a plu. Mon parapluie demande grâce. Un jour de RTT s’il vous plaît, s’il vous pleut, s’il ne vous pleut plus, m’a-t-il supplié. Je l’ai ignoré, superbement mais humide et mouillé et tant et plus.