Ce matin, comme tous les matins de jours ouvrés pour moi, je me lève dès que c'est l'heure atteinte pour cela et je me dirige vers la cuisine afin d'y faire couler un café. Pendant ce temps, je vais faire pipi, les yeux fermés, assis sur la cuvette des WC, dans le noir, toujours, histoire de prolonger un peu ma nuit pendant une bonne trentaine de secondes. Si vous saviez comme je suis bien, là, assis en dehors du monde cruel des jours où on doit se lever malgré soi...

De retour dans la cuisine, je petit-déjeune tout en pensant que je n'aime pas bien ce repas-là. Trop de pensées m'assaillent en fonction de ce que je sais de ce qui m'attend au boulot. Je n'aime pas bien du tout mais je m'y fais et contre mauvaise fortune, je tente de faire bon cœur. De toute façon, quand faut y aller, faut y aller. La salade de fruits, jolie, jolie, ça passe encore mais c’est tout. Et le café, très allongé. Il a de la chance, lui.

Puis, je vais dans la salle de bains, comme tous les matins et je dévisse le bouchon du tube de dentifrice pour déposer un peu de pâte sur les poils drus de ma brosse et je commence à me laver les dents, en allant aux deux fenêtres du séjour puis à celle de la chambre d'amis. Elles donnent toutes sur le cours Alsace et Lorraine, sur les mêmes voisins et sur le croisement avec la rue Ste Catherine. Mais l'angle de vue n'est pas tout à fait le même selon que je me place à telle ou telle ouverture.

Et je me brosse les dents banalement, comme tout un chacun et je regarde dans la rue. D'abord, voir si la chaussée est sèche ou mouillée. De savoir qu'il peut pleuvoir, ça donne moins envie de continuer de se préparer pour sortir. Mais quand il faut, il faut. Coûte que coûte. Vaille que vaille.

Puis, je regarde vers la Mie Câline, car parfois, très tôt le matin ou très tard dans la nuit, il peut y avoir un peu de lumière là-bas aussi. Il faut décongeler la pâte à pain pour la faire cuire et se préparer à recevoir la livraison par le camion de nuit. Et je regarde une dernière fois devant moi. Pour une fois, tous les voisins dorment encore. Sauf l’oiseau de nuit et ses belles plumes, Stéfan-Alexandre et son ami, dont je ne connais pas le prénom.

Accessoirement, je jette un œil distrait sur les quelques noctambules funambules qui tentent de rentrer chez eux le plus adroitement possible, pour certains d'entre eux. La nuit fut longue et bien arrosée, parfois. Pour moi, c’est le contraire le plus absolu. Elle fut courte de chez courte.

Après, c'est le moment de l'habillage. Aucune fioriture depuis que je suis "dans le poisson" : inutile de faire des frais de toilettes. J'ai déjà usé des tas de paires de chaussures depuis près de dix ans, à force de fréquenter cette plate-forme froide et humide pendant plusieurs heures. Je porte toujours une paire de jeans, un tee-shirt et une espèce de doudoune en cas de chauds et froids.

Au moment de partir, je vérifie que j'ai toutes mes clefs : celle de la voiture et mon trousseau personnel avec celles de l’appartement, celle du bureau et deux ou trois autres, plus personnelles. Je vérifie que j’ai mes papiers, mon téléphone portable, mon sandwich pour le petit creux à venir et la poubelle que je prends soin de bien fermer : un vulgaire sac en plastique de chez U Express, la plupart du temps. Et je me dirige vers le garage de la rue Ducru pour me rendre à mon boulot.

Sur le chemin, je croise quelques-uns uns de ces noctambules qui doivent bien se douter que je ne suis pas des leurs, avec ma poubelle à la main et mon attirail vestimentaire qui n'a rien d'une tenue de soirée ni d'une tenue de rentrée de boîte de nuit. Nous ne sommes pas du même monde, c'est tout.