En direct live. J’écris ce mail subrepticement depuis mon bureau parce que j’ai fini mon travail mais malheureusement, je dois attendre que ma collègue termine sa mise en plis, euh, la mise sous pli des factures pour les trier et ensuite, j’irai chercher les homards (sans Fred) pour les mettre dans une boîte hermétique pour qu’ils soient bien calés pour le trajet du retour. Et mes moules au chorizo pour ce soir. Elles sont déjà dans une barquette, elles. Mais les homards, ils sont dans un grand colis en polystyrène, avec deux « y », je vous prie, merci et moi, ce grand colis, je n’en veux pas, ça va sentir mauvais dans la voiture et tout et tout. Ni que ça coule par terre, on ne sait jamais. Ni que ça soit tellement humide que les caisses ramollissent et non, je ne veux rien de tout ça.

En plus, comme c’est le jour du grand chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens (ils aiment bien parler de ça aux infos, tous les ans, c’est la même chose, c’est sidérant comme ils affectionnent le bis repetita), forcément, si je prends mon chemin habituel, je risque d’être un peu gêné aux entournures car même si je ne la prends pas sur une longue distance, la rocade, j’ai quand même deux ou trois kilomètres à faire avant de sortir à Floirac et prendre mes chemins de traverse, mes raccourcis que je ne dévoilerai pas plus ici et je n’ai pas envie d’être bloqué même sur une petite distance. Alors, j’en reviens aux homards (sans Fred), il vaut donc mieux qu’ils voyagent en Tupperware, c’est plus confortable pour eux.

Et ce sera moins stressant pour moi. Parce que sinon, je sais que vais m’inquiéter, regarder sans arrêt s’ils ne bougent pas car vous savez, les homards, dans un grand colis, c’est comme les enfants à l’arrière, ça ne tient pas en place quand on est en voiture. Oui. Parce qu’ils sont vivants. Normalement. En tout cas, je les ai commandés comme tels. Parce que c’est moi qui vais leur donner le coup de grâce. C’est moi qui vais les cuire au court-bouillon pour le patron qui avait envie d’en manger. Et quand le patron a une envie, on n’attend pas pour la lui satisfaire. C’est la moindre des choses. Je vais donc lui faire cuire et je lui garderai aussi le bouillon de cuisson car Claude aime bien ça. Presque plus que les bestioles en elles-mêmes.

Pour ma part, en ce qui concerne les moules au chorizo, comme elles sont déjà cuites, il y a peu de risques qu’elles veuillent se balader d’un bout à l’autre de la voiture. Ou alors, c’est que leur barquette se sera ouverte car elle aura été mal fermée et là, on ne peut pas dire que ce sera la faute des moules si elles se font la malle. La malle arrière, bien sûr. De ce côté-là, je pense que je peux dormir sur mes deux oreilles, je ne risque pas de débordements avec elles. Enfin, quand je dis que je peux dormir sur mes deux oreilles, c’est une image. Je ne dors jamais sur mes deux oreilles au bureau. Parce que si je devais dormir, ce serait sur mes deux fesses, en étant assis. Sinon, ce n’est pas très discret.

Et voilà un peu le programme de ce qui m’attend pour les deux ou trois prochaines heures. Et pendant que les homards (sans Fred) feront connaissance du lavabo de la cuisine, dans lesquels je les déposerai afin qu’ils se rendent compte qu’ils sont à l’air libre. Pas pour longtemps, certes mais à l’air libre quand même. Comme ils sont condamnés à mourir dans la grosse marmite, je me demande si ce serait judicieux de leur proposer la dernière cigarette mais il me semble que ça ne fume pas, un homard. Le saumon, l’anguille et le haddock, oui. Mais le homard ou la langouste, non. Donc, le mieux, ce sera qu’on en finisse au plus vite. Et qu’ils prennent leur bain rapidement parce que moi, j’aurai déjà pris ma douche.