Je me souviens, quand j’étais petit, il n’y avait pas beaucoup d’escalators dans les magasins de là où j’habitais et même dans le métro, quand nous allions sur Paris, hormis dans les grands magasins, éventuellement, je n’ai pas souvenir que c’était une chose normale dans notre quotidien. Et de ce fait, quand il y en avait un, secrètement, j’espérais que nous allions le prendre et je souriais jusqu’à mes oreilles car c’était un peu comme une fête. C’était un temps où les enfants que nous étions étaient encore capables de s’émerveiller devant des technologies pas encore en surnombre.

Et puis, je suis parti vivre en province, avec mes parents, un retour aux sources, à Saint-Maixent, la ville où je suis né et là, à petite ville, escaliers mais pas d’escalators. Il fallait aller à Niort, à la préfecture pour pouvoir en prendre dans un magasin genre galeries quelque chose du centre-ville. C’était encore un peu la fête mais bon, un peu moins que lors de ma petite enfance à Senlis. Et puis surtout, je grandissais (peut-être pas à vue d’œil mais quand même) et bon, l’émerveillement commençait à laisser sa place, petit à petit, à une espèce de routine.

Jeune adulte, quand j’ai quitté la maison familiale, je suis parti vivre à Paris, la ville des ascenseurs et des escalators (et des tapis roulants) partout, partout et encore partout. Dans les magasins, dans le métro, dans les gares, dans des immeubles (qu’on n’appelait pas encore buildings, c’était un autre siècle) et là, j’ai fini par m’y habituer. Je les prenais comme on marche, naturellement. Comme si c’était quelque chose d’inné. Sauf que ça ne l’était pas, c’est là où se met le doigt dans l’œil. Et bon, c’était toujours pratique.

C’était toujours pratique et indispensable. Jamais d’escalier ou de couloir interminable à Montparnasse. Non, non et non. Escalators et tapis roulants à gogo. J’étais jeune, je n’allais pas me fatiguer plus que je ne l’étais déjà, non ! Et puis quoi, encore ? Et avec le temps, comme tout va, tout s’en va, j’ai fini par prendre conscience que c’est encore mieux de prendre un escalier. Et quand on n’a pas le choix, je déteste rester boulonné à l’escalator et attendre qu’il m’ait amené à bon port. Non, je continue de marcher, de monter ou de descendre. Ça va juste un peu plus vite.

Et ça fait du bien à l’organisme plutôt que de se laisser porter par la mécanique. Et rien ne m’énerve plus, dans les magasins ou les lieux publics, que ceux qui restent figés en plein milieu ou à deux côte à côte et qui m’empêchent d’avancer dans ma vie. Le civisme, ça passe aussi par les escalators. On reste à gauche et on n’obstrue pas la montée ni la descente de ceux qui ne veulent pas rester immobiles. Ce n’est pas une question d’être pressé, c’est juste que je refuse de devenir un feignant des escalators. N’en déplaisent aux esprits chagrins qui ne comprennent même pas ça.