J’aime la douceur de ce matin calme, ou presque. De ce dimanche calme. Loin des turbulences de la vie quotidienne des autres jours de la semaine, loin de l’effervescence des samedis, loin de ces aubes alcoolisées de certains noctambules en mal de reconnaissance silencieuse. J’aime ce moment où la ville dort encore, peut-être mais où on sait qu’elle ne sera, de toute façon, pas très remuante, de toute la journée. Et tant pis si je ne m’en rends pas forcément compte car je ne serai pas là tout le temps pour le voir, je le sais. Je le sais très bien.

Je le sais d’autant mieux, ce que je ne verrai ni n’entendrai de l’agitation urbaine, aujourd’hui que je vais partir passer mon dimanche à la campagne, chez ma cousine, Isabelle. Alors, en partant vers 10h30 et en ne revenant probablement que pour dîner (à moins qu’elle nous garde pour le repas du soir – sauf si elle travaille la nuit qui vient), nous aurons échappé à la chaleur et aux éventuelles autres pollutions humaines de gens qui sont de moins en moins civilisés (mais ça c’est une autre histoire et le dimanche, le monsieur ronchon que je suis est fermé).

D’ici là, je n’ai pas grand-chose à faire. Je dois aller au marché. À pieds, bien sûr. Je vais marcher pour aller au marché. Et encore, dois-je dire aux marchés ? En effet, depuis deux semaines, je ne me contente pas de celui de la place Pey Berland (la place de la mairie – celle où je me suis marié, tiens, ah oui, c’est vrai !) mais également chez les commerçants de la rue des Faures où il y a plusieurs épiciers et primeurs maures. Les maures de la rue des Faures. Et non pas les morts de la rue des Forts. Ça ne veut rien dire mais ça me faisait plaisir de l’écrire.

Je vais également là-bas car chez eux, on trouve des fruits de saison bien moins chers et très goûteux. Bien sûr, ils proviennent du Maroc où d’un autre pays qu’on peut considérer comme lointain alors que je sais très bien qu’il vaut mieux consommer français voire local mais parfois, bon, on sacrifie la bonne conscience au profit de certaines économies. Et surtout, ça me change nettement du marché de la mairie où, finalement, je ne peux pas aller avant 9h30 et donc, ça va me décaler tout le reste de la journée et quand j’ai décidé de partir à une heure précise (10h30), je veux m’y tenir.

Oui, je suis comme ça, moi. Quand je prends un engagement, même si ce n’est que dans ma tête, j’aime m’y tenir. Et pendant que j’écris tout ça, la ville persiste dans son calme apparent. En tout cas, plus calme intérieurement que moi. Car je n’ai l’air de rien (ou de pas grand-chose) mais ça bouillonne dans mon fors intérieur. Comme souvent. Pour ne pas dire toujours. Alors, autant vous dire que cette espèce de quiétude citadine, j’en profite car elle fait un contrepoids bienvenu. Et quoiqu’il en soit, je suis du matin, même les dimanches car les matins, je me sens toujours mieux.