Depuis qu’Il m’a parlé, je suis un peu sceptique. Je suis encore un peu plus sceptique que je ne pouvais l’être avant. Mais ça, je n’y peux rien, le doute, ça fait partie de ma vie. Un doute m’habite en permanence. Et s’il n’y avait que ça, en moi, ça pourrait encore passer. Mais Il n’aime pas que je parle de moi comme ça. Je reconnais que je manque singulièrement de pudeur mais je ne pensais pas que ça pouvait Lui « déplaire » à ce point et surtout, j’étais loin d’imaginer qu’Il avait un œil, son œil, sur moi, en permanence alors même que je pensais que non.

Je dois reconnaître que l’Un des deux était le cadet de mes pensées et que je pensais beaucoup, très souvent, tout le temps à l’Autre mais là, j’ai été surpris d’entendre Sa voix car je ne savais pas réellement Duquel elle venait. Évidemment, j’ai cherché à me justifier pensant avoir à faire à l’Autre. « Oui, mais Tu sais, si j’écris, ce n’est pas forcément que pour être le clown de service. Tu sais très bien que je suis un clown triste et que même si je suis heureux dans ma vie, j’ai toujours une part mélancolique au fond de moi. »

« C’est bien ce que je te reproche. Je pensais que tu étais un peu moins sujet à ces crises de tristesse. Je pense donc que Je ne sers à rien… » Et c’est là que j’ai compris que ce n’était pas l’Autre qui me parlait mais que c’était Lui. Le mien, quoi. Alors du coup, j’ai quand même continué à vouloir me justifier. « Oui, mais Tu sais, quand j’écris, j’écris ce qui me passe par la tête et Tu sais que je n’ai pas de vrais gros problèmes dans ma vie, alors le moindre incident prend toujours des proportions hallucinantes et donc, je déprime très vite pour un oui, pour un non et pour un rien. » Ce n’est pas une raison, d’après Lui.

J’ai continué : « Regarde, si Tu veux bien m’écouter encore un peu, l’Autre, lui aussi il écrivait dans un blog et il parlait bien de Ses états d’âme ! » Bien sûr, Il m’a répondu qu’Il pensait que ça n’avait pas été une réussite parce que du coup, tout le monde s’était approprié son blog et s’en était fait un livre de référence, une espèce de bible sur laquelle tout le monde jurait mais que tout le monde interprétait à sa façon. Et Il m’a demandé si c’était ça que je voulais. Que dans les générations futures, on se serve de mes écrits les plus tristes pour partir en croisade contre n’importe qui ne les aurait pas compris ?

« Tu sais » ai-je rétorqué en levant le pied et en haussant les épaules « je n’ai rien d’un messie » « Qu’en sais-tu ? » « Non, je le sais. Bien sûr, c’est non ! » « Mais si… peut-être, c’est l’avenir qui le dira… » Alors, je ne lui ai pas promis de me laisser déborder par d’éventuels coups de grisou, moments de cafard et autres excès de mélancolie mal diluée car je ne peux jurer de rien mais comme j’ai envie de Lui faire plaisir, je vais essayer de me recentrer sur des choses plus futiles. Car mieux vaut en rire plutôt qu’en pleurer. Et les grandes douleurs sont muettes. Comme aux Sables d’Olonne.