J’ai toujours aimé partir. Partir en voyage. Partir en ville. Partir pour partir. Parce que je ne tiens jamais en place, d’une part et parce que j’aime bien revenir, d’autre part. Ce que j’aime le plus dans les voyages et les vacances, c’est non seulement le voyage et les vacances mais aussi le fait que ça se termine, que je rentre chez moi et que j’ai tout le loisir d’y repenser, à mes voyages et à mes vacances. Regarder les photos (en surnombre, toujours) pour rester encore là d’où je rentre. Parce que, à travers les photos, c’est comme si on y était toujours un peu. Et même si j’aime retrouver mon chez moi, y être, chez moi et en même temps, être encore un peu là-bas, en Grèce, en Toscane, en Andalousie, en Sicile, aux States et ailleurs, c’est toujours mieux. Je prends le beurre et l’argent du beurre. Et le couteau à beurre. Et la tartine pour mettre dessous.

J’aime toujours partir et je regrette et je crains de partir moins souvent, dorénavant car le président ne veut plus voyager. Il ne veut plus partir, lui. Ou alors à des conditions tellement réductrices : pas à plus d’une heure d’avion, pas là où il y a des montagnes et des précipices, pas là où il y a trop d’eau, pas là où on ne parle pas français ni allemand que ça me laisse un horizon un peu bouché. On me cache la vue de mes désirs de lointains à moi, qui suis un véritable sirop de la rue. Et moi qui ai la maladie de la semelle qui ne tient pas en place. J’ai encore envie que le monde m’appartienne. J’ai encore envie de rentrer chez moi en conquérant d’images et de souvenirs pleins la tête. J’ai encore envie d’espaces, d’exotismes et de découvertes et j’en ai, dans ma liste, des pays et des villes dans lesquels j’aimerais aller me perdre une, deux ou trois semaines.

J’aimerai partir encore et encore. User mon visa permanent pour l’Amérique du Nord. Avoir les cachets de pays inaccessibles à l’instant présent mais du domaine des possibles si je m’en donne les moyens : voir les contrastes du Japon, m’envelopper pour ne pas subir le froid et la rigueur de l’Islande voire toute la Scandinavie, aller poser pour une photo au pied de l’Ayers Rock en Australie, aller au fin fond de l’Argentine et du Chili pour découvrir les patagons et leurs grands espaces venteux, aller visiter le château de Vlad en Roumanie (en passant par toute l’Europe Centrale) afin de voir si ça vaut le coup de faire une offre. Et quand j’aurai vu tout ça, quand j’aurai vécu tout ça, que je serai bien vieux, le soir, au coin du feu virtuel sur mon écran géant, je repenserai à tout ça et je me dirai que j’ai eu de la chance. Et je serai très bien, chez moi, comme ça.