Oui, je m’en souviens très bien pour ne pas dire parfaitement. C’était au mois de mai, le seize pour être plus précis. La veille de l’anniversaire de mon père. Je l’avais écrit au moins sept fois que j’en voulais deux. Et surtout, deux frigos, hein ? Pour un peu, j’aurais juré mes grands dieux que je n’en aurais jamais, au grand jamais pris moins ni plus. Ni plus, ni moins. Rien moins que cela. Et tant et plus. Moi, quand j’ai des convictions, il est très difficile de me faire changer d’avis. Non, je ne suis pas têtu. Pas dans le sens que vous pourriez penser. Non, je suis juste un peu entêté. Je sais ce que je veux. Et ce que je ne veux pas. Mais là, s’il vous plaît, madame la loueuse de matériel et de vaisselle et de réfrigérateurs, heu… comment dire ? Ben voilà, si vous pouviez m’en mettre trois, des frigos, on ne sait jamais, ça me rassurerait. Parce que finalement, aux dernières nouvelles de la météo, il pourrait faire plus que beau, le 14 juin. Oui. Il pourrait même faire chaud. Quand j’ai consulté un site de prévisions à quatorze jours, j’y ai vu du soleil et une température avoisinant les 29° pour ne pas dire 30.

Alors moi, ça, ça m’a fait un peu frémir. Curieux, hein, que la chaleur annoncée me fasse frémir, voire froid dans le dos. Eh bien pas si curieux que ça, ma bonne dame. Parce que si cette météo largement clémente s’avère le jour J, je vais avoir encore plus besoin de prendre soin de tout le buffet, du foie gras, du saumon fumé, du gros gâteau qui commence par FR… et du champagne, du vin rosé, du cidre et des glaçons parce qu’on ne sait jamais, les glaçons, un jour de mariage, ça peut donner envie de chanter aux filles encore célibataires. Ah bon, vous ne saviez pas ça ? Pourtant, c’est très connu. Il y a même une chanson dans laquelle, tout ça, c’est très bien raconté. « Tous les glaçons et les filles de mon âge, se promènent dans la rue, deux par deux…  Ti li lala, li la li lala, li lala li lala lalala… Ah quand même, vous voyez quand vous voulez… C’est terrible, on se demande pourquoi je suis aussi fatigué en ce moment. C’est parce que je suis nerveux. Il faut que je pense à tout. Et au troisième frigo, surtout, hein ? En tout cas, c’est demandé. Je n’ai pas encore la réponse mais je l’espère avant la fin de la journée.

J’ai déjà la confirmation que le traiteur livrera bien entre 17 et 18h. Je serai présent. Prêt à remplir mes trois réfrigérateurs. Plus le quatrième qui est déjà sur place. Sans oublier la demi-portion qui est dans l’ancienne cabane des chiens, à Talence. C’était leur petit frigo, aux chiens. Ils ne connaissaient pas leur bonheur, quand ils habitaient là-bas alors que maintenant, non seulement, ils n’ont plus qu’un tout petit jardin mais en plus, dans leur nouvelle cabane, ils n’ont même plus de frigo. Tout fout le camp, je vous le dis, ma bonne dame. Voui, voui. Pardon ? Vous me trouvez un peu speedé ? Ben, c’est-à-dire que tout à l’heure, dans pas longtemps, j’ai cours avec mon coach et ensuite, je dois rentrer pour préparer la salade pour demain midi et le repas du président pour ce soir. Moi, ce soir, je sors et même si je ne suis pas sûr de rigoler tôt, je sais que je vais dîner plus tard que d’habitude. Et là, dans cette dernière phrase, seuls les plus attentifs auront deviné ce que je vais faire ce soir. Pourquoi je vais aller faire la queue pendant près d’une heure pour avoir une bonne place. Et penser aux trois frigos, surtout, hein ? Parce que même trois, finalement, je me demande si…