Non seulement  j’ai mal à la tête, comme si j’avais celle de bois, la gueule des mauvais jours, alors que je n’ai bu qu’un fond de porto, hier soir et encore, bien avant de dîner et comme après le dîner, nous sommes allés assister à un spectacle, j’ai largement eu le temps de le digérer, ce fond de porto. Et en plus, je me suis retenu de ne pas faire comme d’habitude : mettre un fond de rien dans le verre et beaucoup plus de porto au-dessus. Non, hier, j’ai été raisonnable. Parce que je ne suis pas comme ça avec le porto. Avec le champagne ou le vin rosé, peut-être que ça m’est arrivé de temps en temps mais je sais que de toute façon, le lendemain déchante toujours. Et là, j’ai une fulgurance : et si c’était cette forte odeur d’encens, dans le petit théâtre, qui m’avait tourneboulé l’esprit et si je n’en avais conservé que les séquelles ? En tout cas, à petite soirée culturelle, grosse gueule de travers, le lendemain. Il y a vraiment des fois où rien n’est cohérent.

Non seulement j’ai mal à la tête mais j’ai aussi tout le poids de la misère de mon monde sur les épaules, sur mon cou, sur ma nuque. Et pourtant, on ne peut pas dire que c’est le cours avec le coach, hier, qui m’a aggravé le tout puisque le coach, il a annulé le cours le matin pour l’après-midi et que je ne suis pas allé faire autre chose pour compenser. Alors, comme j’y suis allé mardi, ce n’est pas non plus comme si c’était une douleur de celui qui ne fait rien. Mon corps n’a pas eu le temps de s’habituer à être en manque. En deux ou trois jours. Non, c’est certainement que je viens de prendre un coup de vieux. Un coup derrière la tête, sournois. Lâche. Je n’ai rien vu venir et pourtant, j’ai tout pris dans la gueule. Au point que même bouger la tête pour regarder à droite ou à gauche, ça me coûte. Comme si je ne pouvais pas regarder non plus dans mon passé et me recueillir sur cette nostalgie que j’aime bien retrouver de temps en temps, souvent.

Non seulement j’ai mal à la tête mais j’ai un peu mal au cœur, aussi. Mais mal physiquement au cœur, non, mal au cœur, mal à mes sentiments. Et ce qui m’agace, c’est que c’est pour des raisons qui ne sont même pas essentielles. Il n’est question ni de mes amours, ni de mes proches qu’ils soient parents ou amis. Non, il s’agit de certaines relations, certains camarades, certains collègues. C’est une drôle d’année où ils sont plusieurs à partir de l’entreprise et ça va finir par faire un grand vide. Pas pour toutes celles et tous ceux qui partent, non, mais pour deux ou trois d’entre eux, ça commence déjà à me créer un vide et à me jeter leur manque en plein cœur. De me dire que je ne les verrai peut-être plus, ça me fait peine. Pour d’autres, j’aurais pu croire la même chose mais non, il y en a que j’apprécierais même de ne plus jamais revoir. Quand on part, on part proprement, en disant au revoir. Tout simplement. Et l’une d’eux ne l’a pas fait. Ça me donne mal à la tête, ça aussi.