Si j’étais plus grand, voire très grand, je sais que je devrai faire attention à ne pas oublier mon petit mètre à peine soixante-dix et ne pas oublier comment j’ai vécu de cette hauteur moyenne depuis que je suis en âge de comprendre que j’aurais pu être plus grand. La silhouette, c’est un peu comme les cheveux, on n’est jamais tout à fait contents de ce qu’on a. On mesure une taille moyenne, on aimerait être grand. On a les cheveux fins, on aurait préféré les avoir épais. Et inversement. Et tutti frotti. Si j’étais plus grand, je ne m’achèterais plus que des pantalons sans avoir à me soucier des ourlets à faire. Si j’étais plus grand, j’en imposerais peut-être un peu plus. Mieux vaut avoir le look d’une pièce montée que d’un flanc parisien.

Si j’étais moins stressé, je prendrais le temps d’écrire que Mathilde Seigner s’embellit avec l’âge. Il en va de certaines et de certains qui ont cette chance-là : passer du bof ou presque waow ! Si j’étais plus calme, je sais que je passerais plus de temps à lire tranquillement sur le canapé ou sur un banc public, sans empêcher les amoureux qui pourraient en avoir envie, de venir s’y assoir. Si j’étais moins stressé, je boirais moins d’infusions et moins de tisanes, au bureau et je ne m’endormirais plus ni sur mes lauriers ni sur mon travail. Si j’étais plus calme, j’aurais le temps d’avoir un peu plus de temps. Mais le temps qui m’est imparti passe vraiment trop vite et moi, je cours encore plus vite que lui.

Si j’étais plus gentil, je ne dirais plus jamais de mal de personne. Ni de certain(e)s de mes collègues. Ni de certain(e)s de mes voisin(e)s. Ni de certains membres de ma famille. Ni de nombreux journalistes. Ni de nombres de personnalités de la vie politique. Ni de certains artistes. Si j’étais plus gentil, je ne m’en foutrais pas non plus, non, je ne dirais tout simplement mot et comme qui ne dit mot consent, on pensera que j’aime tout le monde. Mais si j’étais gentil, je n’aimerais pas tout le monde pour autant. Si j’étais gentil, le monde autour de moi ne comprendrait pas que je ne râle plus.

Si j’étais beau, je serais le roi de la drague tout en donnant l’impression que je ne cherche rien. Si j’étais beau, je saurais rendre tout le monde à mon image. Si j’étais vraiment très beau, je ferais comme nombre de mannequins, hommes ou femmes, je dirais que le physique, ça ne compte pas mais que la beauté intérieure, oui. Mais comme je ne voudrais pas passer pour quelqu’un de méchant, je ferais semblant d’y croire moi-même. Mais il est évident que si j’étais beau, je n’aimerais que la beauté. Que ce que je trouve beau à mes yeux.

Si j’étais riche, pour ça, il faudrait que je sois carrément quelqu’un d’autre car en l’état actuel des choses, ça n’est pas possible. Pas pour cette vie-là, en tout cas. Si j’étais riche, je serais forcément beau et je ne sais pas si je serais plus gentil mais je pense qu’on dirait peut-être de moi  que je suis un homme grand car il est possible que je fasse des grandes et des belles choses. Pour ce qui est d’être moins stressé, si j’étais riche, je doute que ça fonctionne sur moi. Parce que j’aurais peut-être peur qu’on touche à ma cassette. À moins que je ne m’en moque. En tout cas, si j’étais riche, je m’achèterais tout de suite des nouveaux pantalons. Parce que je pense que ça serait utile.