J’ai décidé d’arrêter d’utiliser le verbe « arrêter », de l’écrire et de le dire. Je ne sais pas si ça va être facile mais en tout cas, je vais non seulement essayer mais je vais m’y efforcer, m’y contraindre et tenter de m’y tenir. Parce que je suis comme ça, moi. Parce que je me dis qu’arrêter de dire arrêter, si j’y parviens, ce sera un bel exploit. Ça sera remarquable et c’est pour ça que je l’annonce déjà car je me connais, je suis sûr de mes capacités. Je me connais comme si je m’étais fait moi-même. Sans doute encore mieux que mes parents. Que mes parents me connaissent.

Pourquoi ai-je subitement décidé d’arrêter de vouloir arrêter ? Arrêter de parler d’arrêter ? Parce que, à force de vouloir arrêter de m’inquiéter pour un oui et de me stresser pour un non (et réciproquement), c’est un peu comme si je m’obstinais et qu’à force, je n’y arriverai jamais. Comme si je savais que je n’y arriverai jamais. Comme ces femmes qui veulent tellement un bébé et qui n’y parviennent pas parce que sans doute, elles y pensent trop et que l’esprit a pris l’ascendant sur le corps. Et sur l’environnement.

Ce n’est pas une forme d’abdication, non, c’est juste une ruse, un louvoiement, une stratégie. Parce que mon esprit, mon corps et mon environnement, eux, s’ils voient que désormais, je fais comme si de rien n’était et que je ne voulais plus m’en faire sans cesse, ils se diront que bof, à quoi bon et dès qu’ils auront le sod, je ferai comme j’en ai secrètement envie. Je ferai ce qui me plaira et je ne ferai que ce que j’ai envie de faire. Pardon, c’est quoi « sod » ? C’est simple, c’est le dos tourné. En langage codé. Intelligence service au vôtre.

Et le fait d’écrire que je vais arrêter de vouloir arrêter de me ronger les sangs, les peaux autour des ongles et les os de mes névroses, dès que ça sera possible, je m’infiltrerai même dans le plus petit interstice qui me permettra de prendre ma revanche, le pas sur eux et la victoire même sur moi. Mais un doute m’habite… non, on a dit que j’arrêtais de me stresser pour un oui et de m’inquiéter pour un non, je n’ai pas de doute, non, non. Je suis sûr de moi. J’arrête de me poser trop de questions. Surtout celles pour lesquelles je n’ai pas de réponse.

Il n’empêche que je me demande tout de même ce que je vais devenir si je ne suis plus stressé, si je ne connais plus du tout l’inquiétude, si je n’ai plus peur de rien. Avec mon physique qui n’a rien à voir avec celui d’un super-héros, est-ce que je serai seulement capable de ne plus avoir cette armure qui me protégeait depuis toujours ? Non, non, non. Je n’y pense pas. Non, non, non… Enfin, si, un peu quand même. Juste un peu. Vous savez quoi ? Je pense que je vais arrêter de vouloir arrêter d’arrêter. En tout cas aujourd’hui. On verra une autre fois. Quand je serai mieux prêt. Et que je serai plus calme.