Si j’avais dû être fétichiste de quelque chose de plutôt typiquement féminin, j’avoue que quand j’étais petit, j’étais assez fasciné par les chignons qu’arboraient ma mère, autrement appelée Maman ou Nanou mais Nanou, c’est pour les petits-enfants, pas pour moi quand j’étais petit enfant. De toute façon, ma mère, même sans chignon, c’était la plus belle de toutes les mamans, pas forcément de toutes les femmes, je n’avais pas conscience de ça, de cette différence et mon papa, il était aussi le plus beau de tous les papas et ils étaient le couple parfait. Tellement parfait que quand je jouais au papa et à la maman avec une petite copine, forcément, elle s’appelait Monique et moi, Guy. Ça ne pouvait pas être autrement. La seule chose qui ne collait jamais vraiment tout à fait, c’est que ma femme, celle qui faisait maman, même quand je lui disais qu’il fallait qu’elle se fasse un chignon, elle faisait seulement semblant et moi, dans ma tête, ça n’allait pas même si je lui disais que ça allait. Parce que rien ne vaut un vrai chignon. Et ce ne sont pas ces chignons pour de faux, ces « air chignon » qui pouvaient y changer grand-chose.

Non, parce que, pour un chignon, pour un véritable chignon, un chignon pour de vrai, il y a l’accessoire indispensable qui fait toute la différence : les épingles pour le faire tenir. Et quand ma petite copine faisait semblant de mettre des épingles, je ne disais rien mais je savais bien qu’elle ne pourrait jamais rivaliser avec ma mère. C’est limite freudien, ça, quand j’y pense, aujourd’hui. Si ça se trouve, ça a conditionné toute ma vie et peut-être que je m’en suis sorti parce que la mode des chignons a peu ou totalement disparu dans les années 70, celles de mon adolescence car sinon, qui sait ce que je serais devenu, accro aux chignons de ma mère et peut-être de ceux d’autres femmes ou de copines ce collège ou de lycée. Elles ont peut-être échappé au pire. Non, j’ai vécu une vie quasiment normale sans pulsions fétichistes ou alors, totalement refoulées et enfouies de ma tête et de mon corps. C’est vrai ça, peut-être serais-je devenu le tueur aux chignons. Si j’avais été obsédé, j’aurais pu kidnapper des femmes aux cheveux longs, leur demander de faire ou leur faire un chignon et les torturer avant de les tuer. Non, je ne suis pas devenu ce genre de psychopathe.

Il n’empêche que je me souviens en particulier du chignon arrière que maman se faisait. J’ai appris depuis qu’on appelle ça un chignon banane et que je trouvais que ça avait une allure folle. Je ne le disais pas comme ça mais je le pensais avec mes mots d’enfant, de l’époque. Je me souviens aussi de ma tante Brigitte qui se faisait des chignons sur la tête, des chignons en boule, avec des anglaises sur le côté et ça aussi, je trouvais que c’était très beau. Magnifique. Mais pour ça, il fallait des cheveux vraiment longs. Et c’était le cas de Brigitte. Et de Nicolle. Et de Paulette. Et les fêtes de famille, les déjeuners dominicaux chez les grands parents, ça avait encore plus de saveur quand il y avait du chignon. Alors que chez mes oncles et mon grand-père paternel, on était plus dans la chicane que dans le chignon. Il y avait souvent des prétextes à se le crêper entre hommes, entre coqs, surtout quand ça parlait politique et que les femmes, sous leurs chignons, haussaient les épaules, parfois dénudées (quand il faisait beau) et disaient que stop, ça suffit comme ça, c’est toujours pareil avec vous. Parce que celles qui portaient le chignon, c’était celles qui avaient la voix de la sagesse en plus de la beauté.