J’ai peur de tout. J’ai peur d’avoir mal. J’ai peur de ne pas être assez et j’ai peur d’être trop. J’ai peur de certains silences, ceux que je ne peux pas porter sur mes épaules. J’ai peur de me retrouver seul quand je n’en ai pas envie, quand je n’en aurai pas envie et j’ai peur d’être au milieu des autres quand ce n’est pas le bon moment. J’ai peur de ne pas être à la hauteur et ce n’est pas qu’une question de taille. J’ai peur de sortir dans la rue et j’ai peur de rester chez moi. J’ai peur d’ouvrir les fenêtres et de laisser entrer le soleil et j’ai peur d’étouffer si je ne les ouvre pas. J’ai peur des autres quand ils sont au volant. J’ai peur de trop montrer mes émotions et de ne pas savoir me contrôler quand c’est nécessaire et j’ai peur de passer pour quelqu’un d’insensible. J’ai peur de n’avoir pas assez de temps pour moi.

J’ai peur quand il y a trop de monde autour de moi, dans un tram, dans un train, dans un lieu public et de ne pas pouvoir en sortir si j’en ai besoin ou envie, rapidement. J’ai peur de certains endroits déserts, trop déserts pour moi. J’ai peur de l’été et de ses coups de canicule mais j’ai aussi peur de l’hiver quand il fait parfois preuve de violence. J’ai peur du printemps et de tous ces pollens qui semblent vouloir m’embêter alors que jusqu’à maintenant, jamais. J’ai peur de l’automne et de ses feuilles mortes, tristement tombées au sol et prétextes à d’autres chutes. J’ai peur des vélos en ville quand ils ne font pas attention à moi et j’ai désormais peur d’en faire moi-même. J’ai peur des autres quand ils ne regardent pas où ils marchent dans la rue. Et qu’ils te percutent, enfermés qu’ils sont dans leur smartphone.

J’ai peur de ces jours qui m’attendent, bientôt, dans dix ans, dans un an, dans un mois. De ces jours qui ne m’apporteront rien d’heureux. J’ai peur de ces jours où ceux que j’aime s’en seront partis, s’en iront. J’ai peur de partir et de laisser ceux que j’aime. J’ai peur de ne rien laisser qui vaille, une fois que je serai parti. Et que je ne reviendrai pas. J’ai peur qu’il ne soit trop tard, pour penser à ça. J’ai peur, parfois, de m’être trompé d’époque. J’ai souvent peur de ne pas savoir comment faire. J’ai souvent peur de ne pas comprendre. J’ai peur de ne pas être compris. J’ai peur de ne pas me trouver là où je devrais être. Et j’ai peur d’avoir tout faux. De me dire que j’ai eu tout faux, quand ce sera le moment de faire le bilan. J’ai peur de moi, parfois. Parce que je ne sais pas si je me connais assez pour avoir confiance en moi.

J’ai peur de certains bruits, la nuit. J’ai peur de certains animaux. J’ai peur de montrer mes faiblesses. J’ai peur de ne pas être un homme dans ce qu’il doit être. Et si j’avais été une femme, j’aurais tout le temps eu peur de ne pas être aimée. J’aurais eu peur de me faire avoir. J’aurais eu peur de faire des enfants. D’accoucher. Mais je ne suis qu’un mec qui a peur des piqûres de prises de sang. J’ai de plus en plus souvent peur du vide. Et pas seulement celui de l’absence des autres. Non, du vide. Quand on a le vertige. J’ai peur de ne pas pouvoir terminer une phrase, à l’écrit ou à l’oral, un jour et de tout laisser en suspens. J’ai peur de découvrir qui est le coupable. J’ai peur d’être découvert si un jour, je commets un crime. J’ai peur d’oublier le nom des gens, d’oublier le nom des choses et d’oublier tout court.

J’ai peur qu’on se méprenne sur mes intentions. J’ai peur de ne pas être aimé. De ne pas être le préféré. J’ai peur de ne plus pouvoir lire ni pouvoir écrire. J’ai peur de tomber dans une déchéance, dans quelque chose dont on ne revient pas. J’ai peur de venir pauvre. Non pas que je sois riche mais j’ai peur de ne plus pouvoir subvenir à mes propres besoins. J’ai peur de ne plus pouvoir me faire plaisir, de temps en temps. J’ai peur de certaines nuits et j’ai peur de plein de maladies. Des plus bénignes aux plus graves. J’ai peur de toutes les souffrances. J’ai peur d’être pris au dépourvu. J’ai peur de moi quand je me sens mal parce que je ne sais pas comment faire pour sortir de mes douleurs et de mes mal-être. J’ai peur de ne pas savoir et pourtant, je ne veux pas savoir. J’ai peur de la mort mais tout autant de la vie. De celle qui m’attend. Et j’ai même peur d’avoir peur.